Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« Les hôpitaux sont devenus de véritables ‘champs de massacre’ »


« La Convention de Genève stipule qu’un hôpital doit être et demeurer une zone neutre, accessible à tous et à coup sûr aux civils. Mais quand des groupes armés ou l’armée occupent un hôpital, les gens n’y ont plus librement accès »
, déclare Cedric Turlan, du Comité pour la Coordination des ONG en Irak (NCCI). Ses propos sont confirmés par des rapports émanant de diverses sources et endroits.

Au cours de la première semaine de novembre 2006, 13 civils ont été tués par des tireurs embusqués en voulant entrer à l’hôpital de Ramadi (à 115 km à l’ouest de Bagdad). Des militaires sous commandement américain ont alors fait irruption à plusieurs reprises dans l’hôpital, tant le jour que la nuit, à la recherche des tireurs positionnés sur le toit. Depuis lors, les gens ne se rendent plus que rarement à l’hôpital, par crainte d’être abattus ou arrêtés. Selon d’autres rapports parvenus au NCCI, des militaires ont également occupé l’hôpital de Mossoul et des ambulances sont régulièrement attaquées à Najaf, Fallujah et autres endroits de la province d’Anbar. (15)

Le 7 décembre 2006, une nouvelle attaque des troupes américaines avait lieu contre l’Hôpital général de Fallujah, qui avait déjà dû subir des attaques similaires en avril et en novembre 2004, durant le siège de la ville par les troupes américaines. Des témoins oculaires ont affirmé que les militaires américains avaient entrepris un raid sur l’hôpital «comme s’il s’agissait d’un objectif militaire ». Des médecins et des membres des équipes médicales avaient été arrêtés, rudoyés et catalogués de terroristes. Un employé de l’hôpital a déclaré que c’était la troisième fois que des soldats américains lui passaient les menottes, ajoutant qu’ils [i]« intervenaient avec plus de brutalité encore contre le personnel médical que contre les autres personnes, parce qu’ils nous considèrent comme les premiers sympathisants de ceux qu’ils désignent comme étant des terroristes ». [/i]Le lieutenant-colonel américain Bryan Salas, porte-parole des forces de combat multinationales en Irak, tenait prête une tout autre explication : « Les troupes de la coalition ont inspecté l’hôpital pour s’assurer qu’il pouvait rester un endroit sûr pour les citoyens de Fallujah, de sorte qu’ils puissent recevoir les soins médicaux auxquels ils ont droit. » Mais ce à quoi il ont eu droit, c’est à la fermeture de l’hôpital durant plusieurs jours, suite au raid militaire. (16)

L’actuel ministre de la Santé publique, Ali Al-Shimari, appartient au mouvement politique de Moqtada Al-Sadr. La branche militaire de ce mouvement, l’Armée du Mahdi, poursuit impunément ses exactions dans les hôpitaux. Des malades et des blessés sont enlevés et assassinés. C’est pourquoi de plus en plus d’Irakiens évitent les hôpitaux. « Nous préférons encore mourir que d’aller à l’hôpital » déclare Abu Nasr, un habitant de Bagdad. « Les hôpitaux sont devenus de véritables ‘champs de massacre’ .» (17)

Il s’avère que le ministère se livre également à des discriminations, dans la fourniture des stocks. Tariq Hiali, un responsable de la santé à Baqouba (à 60 km au nord-est de Bagdad), se plaint de ce que « le ministère de la Santé publique ne nous fournit pas les médicaments et le matériel médical nécessaires – il nous considère comme des terroristes. » Un employé de la banque du sang de Baqouba, Jamal Qadoori, ajoute que « les ambulances que nous envoyons à Bagdad sont retenues par l’Armée du Mahdi ». (18)

Le service des urgences de l’Hôpital universitaire de Bassora est resté fermé durant cinq mois après que plusieurs médecins qui y travaillaient eurent été assassinés par des assaillants non identifiés. De nombreux docteurs et membres du personnel infirmier refusent d’encore y travailler, par crainte pour leur vie (19). Des cliniques ont également été fermées à Ramadi, Hit, Haditha et Fallujah. L’Institute for War and Peace fait savoir que, pour des raisons de sécurité, la plupart des médecins qui ont encore leur cabinet à Bagdad ont déménagé et se sont installés dans des quartiers résidentiels ou à l’intérieur de complexes médicaux. Ils ne donnent plus leurs consultations que le matin, en raison du couvre-feu et de l’insécurité (20).
______

15. IDEM, 13 février 2007.
16. IPS, 14 Decembre 2006.
17. The Washington Post, 30 août 2006.
18. Los Angeles Times, 15 Novembre 2006.
19. IRIN, 9 Juillet 2006.
20. IPS, 14 Décembre 2006

Tag(s) : #Dossier du mois

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :