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L’article 18 de la Quatrième Convention de Genève stipule : « Les hôpitaux civils qui sont organisés pour accueillir des malades et des blessés ne peuvent en aucun cas faire l’objet d’une attaque, mais doivent être en tout temps respectés et protégés par toutes les parties du conflit. » Hélas ! en Irak, aujourd’hui, la réalité est tout autre.

« Un problème important qui touche le secteur irakien de la santé est sans aucun doute la situation sécuritaire désespérée qui règne dans le pays » , déclare Nada Doumani, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « Des hommes armés font irruption dans la salle d’opération pour forcer les médecins à d’abord traiter leurs patients. Certains patients conservent leurs armes à portée de main et restent masqués pendant qu’on les soigne. Cela crée une situation traumatisante pour les médecins » , ajoute-t-elle (21)

Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Le Dr Washdi Mahmoud travaille à l’hôpital Ibn Al-Nafees, le plus grand centre cardio-vasculaire de Bagdad. Le 27 février 2006, par téléphone depuis Bagdad, le Dr Washdi raconte : « Hier au matin, nous avons été menacés par des membres de la famille des patients. Ils ont même mis un revolver sur la tempe d’un médecin ! Le service de surveillance de l’hôpital n’est pas intervenu et c’est la raison pour laquelle nous nous sommes mis en grève » (22) Le Dr Salam Ismael, de la Doctors for Iraq Society, explique : « Nous sommes surtout embarrassés par les milices de certains partis politiques. Les autorités se gardent bien de les importuner. Ils entrent avec leurs armes dans les chambres des patients, insultent les médecins et menacent de les tuer . » (23)

Doctors for Iraq a reçu l’information disant que, le 9 mai 2006, un groupe d’hommes armés avait fait irruption à l’hôpital de Talafar, dans le nord-ouest de l’Irak. Ils ont menacé le personnel et les petients qui attendaient leur traitement. Un médecin a expliqué comment l’un des hommes armés avait placé un pistolet contre sa tempe en exigeant qu’il cesse de soigner un enfant blessé et qu’il s’occupe plutôt d’un homme qui avait à la jambe une blessure superficielle due à un éclat d’obus. Les hommes armés ont également détruit des équipements médicaux. Ils s’en sont pris au chauffeur d’une ambulance et lui ont cassé un bras d’un coup de crosse de fusil. Un autre chauffeur a reçu des coups au visage. Trois hommes ont attaqué le pharmacien de l’hôpital et l’ont tour à tour tabassé à coups de poing et de pied. L’un des hommes armés a tiré plusieurs balles juste au-dessus de la tête d’un médecin, ce qui a priovoqué encore plus de panique et d’hystérie dans l’hôpital. (24)

Le 28 septembre, les médecins de l’hôpital Yarmouk de Bagdad se sont mis en grève après que la police irakienne y eut fait irruption et, en agitant leurs armes, forcé les médecins à soigner un collègue blessé. Les docteurs ont appelé le ministère de l’Intérieur pour demander qu’on fasse respecter l’interdiction complète des armes à feu dans les hôpitaux (25)Au début novembre, le Dr Ibrahim Abdel-Sattar, cardiologue à Bagdad, faisait savoir : « Il y a quinze jours, mon confrère a été tué alors qu’il traitait un patient. Une bande armée a fait irruption dans sa clinique, l’a abattu et s’en est allée sans la moindre explication .» (26) Le 17 décembre, des hommes en uniformes de l’armée ont fait irruption dans les bureaux du CICR à Bagdad et ont enlevé 42 personnes. 26 employés du CICR, tant chiites que sunnites, ont été relâchés plus tard (27)

Comme si la violence quotidienne ne suffisait pas dans le chaos et le désordre qui règnent en Irak, des travailleurs médicaux sont également victimes d’enlèvements contre rançon. Un médecin irakien qui travaille en Grande-Bretagne, Peter Kandela, a interviewé des travaileurs médicaux irakiens qui se sont réfugiés en Jordanie et en Syrie. Il parle d’un chirurgien des reins qui a été enlevé par un groupe d’hommes armés. La première chose qu’ils ont faite a été de feuilleter son carnet d’adresses à la recherche d’une prochaine victime ! « Ils ont même eu le culot de suggérer qu’en échange d’un meilleur traitement durant ma détention, je pouvais leur indiquer d’autres personnes à kidnapper », explique le chirurgien. Finalement, il avait été libéré après que sa femme eut versé 250.000 dollars de rançon .28 Le Dr Kandela explique aussi que « dans l’Irak nouveau, on a son prix en fonction de sa position et de son statut. Les médecins qui sont restés dans le pays savent ce qu’ils valent pour les kidnappeurs. Aussi font-ils en sorte que leur famille ait accès aux fonds nécessaires pour les libérer rapidement une fois qu’on en est arrivé à ce point .» (29) Le 9 novembre, le chef du Croissant-Rouge irakien, le Dr Anas Al-Azawi, était enlevé devant sa maison par des hommes en uniformes bleus de la police. Au départ, le montant de sa rançon avait été fixé à 750.000 dollars, mais on le libéra finalement après paiement d’une rançon sensiblement inférieure.(30)

Le Dr Omer, un chirurgien cardio-vasculaire, a quitté son travail à Bagdad et travaille aujourd’hui dans une petite clinique en Syrie. « Que pouvais-je faire d’autre ? » demande-t-il. « À mon hôpital, j’étais menacé par les milices armées. Trois chirurgiens avaient déjà été assassinés et nous n’étions plus que trois. Je ne pouvais pas me permettre d’être la prochaine cible, car j’ai un enfant à élever. » Et il ajoute : « Je ne suis pas heureux dans mon boulot, ici. Je suis un spécialiste et je travaille désormais comme généraliste. C’est comme si on demandait à un officier de remplir les tâches d’un soldat . » (31)
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21. IRIN, 28 Janvier 2007.
22. Concersation téléphonique avec l'auteur le 27 février 2006.
23. Ibidem.
24. SALAM (Ismaël), Talafar Hospital Equipments smashed by angry armed gunmen, in Health Now Website, 22 juin 2006.
25. San Francisco Chronicle, 30 September 2006.
26. IRIN, 7 Novembre 2006.
27. UN Assistance Mission for Iraq (UNAMI), Human Rights Report : 1 November-31 December 2006.
28. The Independent, 20 octobre 2006.
29. The Times, 20 octobre 2006.
30. UN Assistance Mission for Iraq (UNAMI), op. cit.
31. Mailcommunicatie van de auteur met Dr. Salam Ismael, 26 fevrier 2007.

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