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La reconstruction sous l’occupation : un échec complet


Quatre ans après que les États-Unis ont entamé les hostilités contre l’Irak, les soins de santé de ce dernier pays connaissent toujours un délabrement indescriptible. La plupart des hôpitaux manquent du matériel le plus élémentaire, des dizaines de cliniques restent à moitié terminées et des équipements coûteux de haute technologie sont en train de rouiller dans des entrepôts. Depuis 2003, les États-Unis ont pourtant investi un milliard de dollars dans les soins de santé, mais il n’en est pas sorti de nouveaux hôpitaux et on n’a jusqu’à présent construit qu’une petite poignée de cliniques. (36)

Selon Amar Al-Saffar, du ministère de la Santé publique, où il est responsable de la reconstruction, aucun hôpital n’a plus été construit en Irak depuis que l’hôpital Al-Khadimiyah a ouvert ses portes à Bagdad… en 1986. (37) Début 2006, un projet de 200 millions de dollars prévoyant la construction de 142 centres de soins de première ligne s’est retrouvé sans argent. Seuls vingt centres ont été terminés, un résultat qualifié de choquant par l’Organisation mondiale de la santé.38

Dans un rapport très critique, CorpWatch éreinte la reconstruction des infrastructures médicales irakiennes par les entreprises américaines. Ces entreprises, parmi lesquelles Parsons Global, Abt Associates et Bechtel, n’ont guère fait plus que ramasser des tas d’argent avant de… plier bagages.(39) Elles avaient décroché d’énormes contrats pour la reconstruction : 70 millions de dollars pour Parsons, 43 millions pour Abt et 50 millions pour Bechtel. Ici, des institutions des Nations unies aussi expérimentées que l’Unicef et l’Organisation mondiale de la santé avaient été évincées.

En avril 2006, le corps des ingénieurs de l’armée américaine, responsable de la construction de 150 centres de soins de première ligne, décidait d’en laisser tomber 130. Parsons Global se voyait confier le projet. Au moment où l’armée résilia le contrat de Parsons, six petites cliniques à peine étaient prêtes. Entre-temps, 150 ensembles d’équipements médicaux avaient été commandés pour les centres et stockés à Abu Ghraïb. 130 de ces ensembles onéreux étaient donc destinés à des cliniques qui ne seront jamais construites. Mais ce n’est… pas grave car il s’avère aujourd’hui que 46 % de ces ensembles sont incomplets, endommagés et qu’ils ont été mal ou pas du tout étiquetés…

Abt Associates s’est vu confier un contrat de remise à neuf des hôpitaux irakiens déjà existants, mais pas grand-chose n’a été fait en ce sens. À son tour, l’entreprise a confié le travail à des sous-traitants locaux qui se sont révélés dénués de la moindre expérience et complètement corrompus. En 2004, lorsque la situation de la sécurité s’est gravement détériorée en Irak, le personnel d’Abt a quitté le pays. Pas avant, toutefois, que 20,7 millions de dollars des contribuables américains ne soient venus remplir les poches des patrons de la firme, via USAID.

La construction d’un hôpital ultramoderne pour enfants à Bassora, un projet de prestige de l’épouse du président américain, Laura Bush, n’a guère eu meilleure suite. L’hôpital, dont la construction avait été confiée à Bechtel, était censé compter 94 lits ainsi que des suites privées pour les petits cancéreux, des scanners CAT (tomographie axiale informatisée) et autres équipements de haute technologie pour la lutte contre le cancer chez les enfants, dans une région qui, à l’issue de la première guerre du Golfe, avait été durement touchée par l’uranium appauvri. Le coût de l’hôpital est passé de 50 à 170 millions de dollars mais, en juillet 2006, il fut demandé à Bechtel de se retirer du projet en raison de problèmes sécuritaires. Depuis, le bâtiment est demeuré à l’état de chantier…

Quatre ans après l’invasion, il est plus évident que jamais que la guerre et l’occupation de l’Irak par les Américains ont provoqué une énorme catastrophe pour la santé publique. Cette tendance à la dégénérescence de la situation de la santé ne pourra être inversée que s’il est mis un terme à cette occupation.
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36. Los Angeles Times, 15 novembre 2006.
37. The Times, 21 octobre 2006.
38. The Independent, 20 octobre 2006.
39. CHATTERJEE (Pratap), High-Tech Healthcare in Iraq, Minus the Healthcare, in website van Corpwatch, 8 janvier 2007.

Tag(s) : #Dossier du mois

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