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     un  tremblement de terre. Voilà ce qu’Eva Herman, une ancienne présentatrice du journal télévisé, a provoqué avec son livre " Das Eva Prinzip" (le principe d’Eva). Paru au mois de septembre, cet ouvrage prône le retour des femmes au foyer. L’Allemande défend l’idée d’une nouvelle féminité et plébiscite le partage traditionnel des tâches. Elle affirme que les femmes ne gagnent rien à "se masculiniser", qu'elles feraient mieux de laisser l'esprit de compétition aux hommes.

A ses yeux, elles ont tout à gagner en respectant leur nature profonde, qui font d'elles des personnes douces et aimantes. D'ailleurs, quoi de plus gratifiant que de consacrer son temps à sa famille et à tous ceux qui, autour de soi, ont besoin de bonnes âmes bénévoles ? Eva Herman en est persuadée: c'est dans son foyer que la femme peut déployer tout son talent, rendant sa maison accueillante "en y plaçant de belles bougies, de jolis bouquets de fleurs et en cuisinant de délicieux gâteaux aux pommes". Mais c'est surtout aux femmes qui ont des enfants tout en travaillant que la journaliste s'en prend. "Elles sont épuisées et frustrées et ce sont finalement les enfants qui souffrent de cette situation".

Elle affirme d'ailleurs que les crèches allemandes sont loin d’être des lieux accueillants. Les éducatrices, lorsqu’elles sont formées, sont débordées. Eva Herman est d'ailleurs convaincue que de nombreuses dépressions diagnostiquées à l’âge adulte s'expliquent par une enfance passée à la garderie. De tels propos n’ont pas manqué de provoquer de virulentes réactions. La journaliste a reçu quelque 3 000 e-mails et les demandes d’interview affluent de Suisse, d’Allemagne et d’Autriche mais également d’Espagne, de Russie et d’Argentine. Il va sans dire que la blonde s’est faite beaucoup d’ennemies.

Une pétition a d’ailleurs circulé pour demander à son employeur de la renvoyer. Dernier rebondissement en date: son ex-mari, Werner Herrmann, appelle toutes les femmes à boycotter le livre d'Eva Herman (qui a retranché un "r" et un "n"de son nom). Il affirme que lorsqu'ils vivaient ensemble, son ex-femme était ambitieuse, qu'elle s'épanouissait dans le rôle de femme d'affaires et qu'elle n'a jamais voulu d'enfants, à son grand regret. Remarié, il est père d'un enfant de neuf ans. "Mon épouse travaille et cela n'a jamais porté préjudice à notre fillette". Il se souvient d'ailleurs que même en travaillant comme une forcenée, Eva Herman faisait de fantastiques gâteaux au beurre.



Eva Herman, selon vous, la vraie place de la femme est-elle vraiment derrière les fourneaux?

Ah non, je n'ai pas écrit ça ! Ce sont les journaux qui ont titré ainsi les articles sur mon livre. C'est comme si je voulais enfermer les femmes dans leur cuisine et qu’une fois leur travail fini, je les envoie dans la salle de bain pour y polir la robinetterie…

Mais vous dites bien que les femmes feraient mieux de rester à la maison au lieu d’aller travailler pour gagner leur vie?

Oui, c’est vrai. Une femme peut arranger son foyer de façon harmonieuse, elle a le temps d’être à l’écoute de son mari et de ses enfants. Une mère de famille qui part travailler le matin, sort du bureau vers cinq ou six heures, court au super-marché et arrive enfin à la maison, a déjà abattu beaucoup de travail. Elle doit alors encore s'occuper de sa famille, trouver le temps de dialoguer avec les enfants pour savoir comment s'est déroulé leur journée, contrôler les devoirs, préparer le repas. Une mère de famille n'arrive pas à faire tout cela ; elle fait tout à moitié et personne n'est satisfait. Il est de bon ton d’affirmer que ce n'est pas la quantité de temps mais la qualité du temps que l'on passe avec ses enfants qui est déterminant. C’est faux ; à mes yeux, il est important que l'enfant puisse à tout moment parler à sa mère.

Qu'en est-il des femmes qui doivent travailler pour subvenir à leurs besoins?

Les femmes doivent avoir des exigences envers l'industrie, demander à bénéficier de postes à temps partiel, beaucoup plus que ce qui est offert aujourd'hui. Il faut réclamer des aides financières pour que le travail de mère soit reconnu. Nous avons fait des calculs pour savoir combien coûte à l’Etat une place en garderie pour un enfant de moins de trois ans. La dépense s’élève, au minimum, à 16 000 euros par année (environ 24 000 francs). Pourquoi ne propose-t-on pas cet argent aux mères pour leur laisser le choix de rester avec leurs enfants ? Ces aménagements ne viendront pas d'eux-mêmes. C’est aux femmes de les exiger.

Le taux de divorce augmente chaque année. Comment pouvez-vous conseiller aux femmes d'arrêter de travailler, alors que pratiquement un couple sur deux se sépare?

Nous devons nous demander pourquoi il y a autant de séparations. Nous vivons dans une société sans attaches. Les gens prennent de moins en moins de responsabilités: on se sépare, on se débarrasse des aînés dans des maisons de retraites, les enfants se promènent avec une clé autour du cou et se retrouvent seuls lorsqu'ils rentrent de l'école, cuisinent parfois même leurs repas. D’où cela vient-il ? Le lien se crée durant les trois premières années de la vie d’un enfant. C’est en étant présent, en donnant de l’attention à son enfant et en comblant ses besoins qu’une mère lui apprend à devenir un être humain qui a le sens des responsabilités. Celui qui n'expérimente pas cet attachement ne pourra pas le retransmettre à ses propres enfants, sauf s'il essaie d'y remédier par une thérapie douloureuse. Mais la plupart du temps, c'est au niveau de l'inconscient que cela se joue.

Vous écrivez que si les divorces augmentent, c’est parce que les femmes ont de moins en moins le temps de s’occuper de leur famille…

Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte lors d’une séparation. Cependant, aujourd’hui, le danger réside dans le fait que l’on part bien trop vite, que l’on ne combat plus assez pour sa famille et que l’on se dit: "Peuh, ça m’est bien égal, je vais en rencontrer un autre !" Alors que le destin d’enfants est en jeu. Ce sont eux qui souffrent du combat que leurs parents se livrent pour le droit de garde par exemple. Et les femmes font de plus en plus preuve d’une attitude sans compromis, une attitude qui est prêchée par le féminisme. Ce sont les féministes qui nous répètent que nous les femmes, nous pouvons tout faire et tout avoir, que nous sommes des super stars, que nous pouvons faire ce que les hommes font, qu’il n’y a pas de différences entre les sexes. Tout cela est c’est faux !

L’indépendance financière des femmes grâce au travail, n’est-ce pas un progrès ?

C'est ce que prêchent les féministes. Mais ce serait fatal de définir l'estime de soi par un extrait de compte bancaire. Nous devons nous demander s'il n'y a pas d'autres valeurs plus importantes dans la vie

Quelles sont, à vos yeux, les qualités typiquement féminines?

Ce sont des qualités liées à la douceur. Par exemple, la compassion, l'amour du prochain, la capacité à aider l'autre, à reconnaître les situations de détresse et d’y remédier. Les femmes ont la capacité de prendre soin des autres et d’identifier bien plus vite les problèmes en matière de relations humaines. Dans un couple qui fonctionne bien, la femme est derrière son mari ; c’est elle qui le soutient et l'aide à prendre des décisions. Lorsque que l'on se plonge dans l’histoire, on s’aperçoit que derrière les grands hommes qui ont conquis le monde et tué beaucoup de gens, il n’y avait pas de femmes ou alors, de "mauvaises" femmes. Car des femmes intelligentes ne les auraient pas laissé commettre des massacres. Un homme écoute volontiers son épouse lorsque leur relation est bonne, c'est-à-dire lorsque la femme s'occupe de cette relation, ce qui n'est pas possible lorsqu'elle est en route toute la journée, qu'elle rentre le soir et qu'elle doit encore s’occuper du repassage.

Que recommanderiez-vous à une jeune fille : terminer ses études et chercher un bon parti?

C’est un peu provoquant et ce n'est pas ce que j’ai voulu dire dans mon livre. J'ai écrit cet ouvrage parce que nous ne faisons plus d'enfants, que nous sommes devenus des êtres "sans attaches" et que notre société est en crise. Lorsque l’on demande aux jeunes femmes si elles veulent des enfants, beaucoup disent oui. A trente ans, beaucoup affirment qu’elles ont encore le temps, mais, en fait, elles n'ont plus le temps. C’est avant qu’elles doivent réfléchir à leur plan de vie: finir leur formation et fonder une famille. Le problème c’est qu’aujourd'hui, on veut tout faire : étudier, travailler, se perfectionner, faire carrière, construire une relation de couple, fonder une famille. Si on a le sentiment d'avoir trouvé un homme pour la vie, pourquoi ne pas avoir tout de suite des enfants avec lui, rester un temps avec les enfants et essayer de réintégrer le monde professionnel plus tard ? Il doit être possible de séparer un peu les choses. Le problème c'est que dans notre société - et là aussi il faut combattre le phénomène - on est déjà vieux à 45 ans.

Mais comment voulez-vous lutter contre une telle évolution?

En Suisse, vous avez la chance de pouvoir voter et lancer des initiatives. Si seulement nous avions un tel système en Allemagne ! Mais il nous est déjà arrivé d’influencer nos autorités en descendant dans la rue. C'est ce qu'il faut faire. Nous devons nous battre pour une société qui se préoccupe davantage du bien-être des enfants et de la famille. Le gouvernement sait bien que le travail des femmes est une force à bon marché. En Allemagne, les femmes gagent moins que les hommes et cela n'a pas changé depuis trente ans. Elles sont exploitées par les politiciens et l'industrie. On ne doit nommer les choses, en discuter et les changer.

A vos yeux, mieux vaut une femme frustrée à la maison ou une femme épanouie au travail ?

Je ne crois pas que les choses soient aussi blanches ou noires. Bien sûr que le travail et les succès rendent heureux ; mais la famille et les enfants rendent également heureux. Bien sûr que les enfants sont source de stress, mais au travail aussi règne le stress: vous avez des collègues que vous n'aimez pas, vous n'arrivez pas à progresser comme vous le souhaiteriez ou vous ne gagnez pas assez d'argent. Ce sont les mêmes frustrations que vous vivez à la maison. Ce qu’il faut voir, c’est ce qui subsiste lorsque nous devenons vieux. Que nous reste-t-il lorsque nous n’avons pas eu d’enfants mais un travail à temps complet ?A cinquante ans, on fait partie des vieux barbons, quoique l'on ait fait comme carrière.

Mais qu'advient-il des mères lorsque les enfants sont grands et quittent la maison ?

Dans mon livre, je ne dis pas que les mères de familles doivent passer tout leur temps à s'occuper des enfants. En plus des tâches éducatives, il y a beaucoup d'autres activités possibles: travailler à temps partiel ou faire du bénévolat. Le bénévolat n’est pas reconnu par la société mais il est très important pour son bon fonctionnement. Il peut s’agir de s’occuper de personnes dans le besoin ou d’organiser un buffet pour une fête scolaire. Aujourd'hui, c'est le monde industriel qui s'occupe de ce genre de tâches, qui "sponsorise" ces actions. Mais ces responsabilités sociales, c'est à nous de les endosser. Les entrepreneurs ne sont pas capables de transmettre cette chaleur humaine particulière, celle qui aide et donne de l'espoir.

Vous mentionnez un rapport du ministère de la famille qui a fait scandale….

La ministre en charge du dossier a reproché l'hédonisme des femmes au foyer, les accusant de passer plus de temps à s’occuper de leur bien-être que de leurs enfants et du ménage. Ce rapport, c'est ce qui pouvait arriver de pire aux femmes qui restent à la maison, qui sont toujours disponibles pour leur famille et leur entourage, qui remplissent une tâche importante pour la société sans toucher un franc. Que de telles personnes soient encore insultées par les politiciens, c'est la goutte qui fait déborder le vase ! Mais ce rapport a déjà provoqué assez d'indignation dans le pays.

Et votre livre, quelles réactions a-t-il provoqué?

En Allemagne, il existe un establishment médiatico politique, des faiseurs d’opinions dont font partie des journalistes qui ont fait carrière et n’ont pas fondé de famille. Ces femmes se sont senties profondément touchées et réagissent très négativement. C’est pour cela que mon livre a été critiqué et déprécié. Mais la majorité silencieuse, elle, m’a écrit des e-mails positifs ; j’en ai reçu quelque 3'000. Dans 95% des cas, ce sont des mots d’encouragement et des remerciements Les gens ne m’écrivent pas seulement quelques lignes. Ils me racontent leur vie, et me disent longuement pourquoi ce que j’ai écrit est juste, car ils voient bien que la société tombe en morceaux. Ils m’écrivent : "Tenez bon, ne vous laissez pas démonter ! ". Nous allons d’ailleurs publier un livre avec les réactions de la majorité silencieuse, complétée par une analyse de tous les articles parus.

Et qu’elles ont été les réactions des hommes ?

Beaucoup d’hommes me disent : "Je l’ai toujours dit, mais lorsque je m’exprimais comme vous, on me traitait de macho". D’autres sont plus critiques et disent que l’on ne peut pas considérer les choses aussi simplement. A ceux-là, je conseille de lire mon livre, car beaucoup discutent sans l’avoir lu. Des jeunes hommes me contactent pour me dire : "Merci d’avoir écrit ce livre. J’habite avec ma copine, j’aimerais bien fonder une famille, mais elle aimerait faire carrière. Maintenant, j’ai des arguments lorsque je parle avec ma copine". En résumé, mon ouvrage fait bouger les choses…

Avez-vous été surprise par tout ce remue-ménage?

Non. Mais ce qui m’a frappée, c’est la puissance l’establishment mediatico-politique. Un rédacteur en chef d’un très grand quotidien m’a dit que ses journalistes avaient questionné des femmes publiques pour leur demander un commentaire sur mon livre. Elles leur ont répondu qu’au fond, j’avais raison, mais qu’elles ne pouvaient pas le dire ainsi.

Vous approchez la cinquantaine, un âge critique pour une femme qui fait carrière à la télévision. Avez-vous trouvé une nouvelle niche en écrivant des livres provocants ?

Personne ne pouvait prédire un tel succès, mais les réactions autour de mon livre montre que le sujet touche. J’écris des livres depuis 1999 et j’ai toujours été critique envers la société. " Das Eva Prinzip" s’inscrit dans la suite de ce que j’ai publié : mes deux ouvrages précédents parlent de l’importance de l’allaitement et du sommeil de l’enfant. Que mon troisième livre ait plus de succès que les autres, cela me fait plaisir. Mais j’espère surtout que je ne combats pas en vain et qu’après avoir lu mon ouvrage, certaines personnes vont se mettre à réfléchir, qu’elles auront un projet de vie plus agréable et qu’elles se mettront moins sous pression.

Vous-même vous avez fait carrière. N'est-ce pas hypocrite de votre part d'écrire un tel livre?

A première vue oui. Mais c'est précisément grâce à mon expérience de femme de carrière et de mère de famille que j’ai pu l’écrir ; je suis tombée dans le piège de la réalisation personnelle, une notion égoïste. Je ne crains pas de dire que pour moi, allier vie de famille et vie professionnelle, c’était trop de travail. En général, la question suivante c’est : "Alors, regrettez-vous votre carrière " ?

Alors allons-y pour la réponse…

Si je n’avais pas fait carrière, je n’aurais pas pu écrire ce livre, un livre qui a une place très importante dans mon parcours professionnel. Il est le fruit de mon travail de journaliste et d’enquêtrice mais également de ma propre expérience. Dans une relation, ce sont toujours les même choses qui font que le couple échoue, et je ne suis pas un cas unique. Nous autres femmes, nous faisons l’impasse sur notre devoir.

Mais vous dites aux femmes de rester à la maison alors que vous n’arrêtez pas de donner des interviews dans toute l’Allemagne!

Détrompez-vous, je suis bien présente à la maison. A l’heure où je vous parle, mon fils est à l’école, il va d’ailleurs bientôt rentrer. Je vais préparer le repas et cette après-midi, je l’emmènerai faire du sport. Et puis c’est un période un peu spéciale, il y a beaucoup de remue-ménage autour de mon livre. Ce n’est pas que je veuille en faire un best-seller, mais je vois combien le sujet que j’ai abordé est important et touche les gens. Après la phase émotionnelle, on pourra aborder les choses en toute objectivité.

Et qu’allez-vous préparer à votre fils pour midi ?

Des pommes de terres, des brocolis et une tranche de poulet…

Tag(s) : #Discours et Débats

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