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La loi en Belgique impose de récupérer 24 heures le lendemain des gardes de nuit pour tout médecin qui fait des surveillances sur place … ça m’a paru un peu bizarre au début parce qu’il est évident que le fonctionnement du service sera affecté par une telle décision surtout qu’on est que 2 médecins en formation, et si l’un devrait être au bloc, l’autre doit assumer les charges de la vingtaine de malades hospitalisés pour que tout soit dans l’ordre en fin d’après-midi lors de la contre-visite … ne vont-ils pas recruter des médecins « Made in China » pour boucher les trous contre une poignée d’euros si cette loi est véritablement mise en œuvre ?

Je me suis dit que c’était juste une feinte juridique pour se montrer droit-de-l’hommiste dans les discussions parlementaires et politiques et que la réalité est belle et bien différente de cette utopie professionnelle. Mais le lendemain de ma première garde, et pendant que je m’apprêtais péniblement à commencer le tour matinal, j’ai été agréablement surpris d’entendre que je dois quitter le service et que ça ne sert à rien de rester – même si je le souhaite – parce que même la plus grande volonté cesse d’être productive et efficace après 24 heures de travail laborieux.

Des gardes, j’en ai fait des centaines que ce soit gratuitement à Avicenne dans le cratère du volcan social qui bouillonne de rage, de douleur, de mécontentement et de pauvreté, ou – discrètement - dans les grandes cliniques de la capitale où j’étais petitement récompensé pour avoir chouchouté par des mots techniques les petits maux - surtout psychique - de la bourgeoisie marocaine … en tout cas, puisqu’il n y a pas un texte de loi qui interdit à un médecin en formation non-contractuelle comme moi de faire des petits bricolages le soir, ni un autre qui respecte l’humanité de ses médecins en leur proposant une journée de récupération le lendemain d’une bataille nocturne avec la bêtise humaine, il fallait que j’appuie à 8h de chaque matin sur le bouton « Reset » de mon organisme pour recommencer une journée dans les couloirs sombres et les rouages complexes de « Ssouissi Lekbir », cet établissement sanitaire cinquantenaire avec une vision d’un petit nourrissons de 6 mois qui cherche juste l’autosuffisance et la survie.

La loi Hollandaise va encore plus loin, elle pénalise d’une amende lourde chaque médecin qui circule encore dans les passages sanitaires néerlandais après une garde sur place. La Hollande pense aussi que les médecins épuisés se métamorphosent en des esprits malsains par rapport à ceux qui les traitent s’ils ne se reposent pas au moins une journée.

Bien payés et bien reposés. Et nous : sous-payés, disons non-payés pour les gardes et mal foutu le lendemain. Et madame le ministre de santé, avocate de formation, partisante de la fassifihrification et grande rieuse au parlement vient après ces séances de torture que nous subissons pour nous annoncer en pleine grève des médecins internes et résidents qu’on a de la chance de toucher de l’argent parce que normalement nous ne sommes que des étudiants … des étudiants doctorisés qui opèrent à 3 heures du matin quoi ? … la totale c’est quand elle a demandé insouciamment et publiquement de lui expliquer la différence entre un interne et un résident : l’abécédaire du problème. Comment lui exposer après cette immense invalidité intellectuelle le droit à la rémunération et à la récupération ?

Il y a 3 ans nous avons mené une grève générale qui a réussi à haussé le salaire des internes et des résidents pour la première fois depuis des lustres d’un niveau très bas à un niveau relativement bas, et d’intégrer les résidents contractuels depuis leurs troisième année : Même pas le cinquième de nos revendications. Madame le ministre, a apparemment eu des ordres « du plus haut niveau » pour clôturer l’affaire avec les moindres dégâts. Elle a donc commencé à distribuer les promesses radines et à négocier les salaires comme si elle allait nous les offrir de son entreprise familiale … Le ministre à promis des minces rémunérations pour les quatre spécialités les plus sollicitées : Gynécologie, Chirurgie viscérale, anesthésie-réanimation et pédiatrie dès la troisième année de spécialité et des promesses de couverture sanitaire obligatoire pour tous les « étudiants » … On aurait pu avoir plus de réformes concrètes si on avait persévéré à maintenir la grève générale et aux services et aux urgences, parce qu’il était évident que l’hôpital fonctionnait intégralement grâce à la sueur de ces « étudiants », mais les petits sous de plus ont crée le clivage entre les revendiquants , et la belle histoire s’est clôturée par un compromis qui nous a fait connaître notre valeur tout en modifiant quelques textes de lois qui sont restés depuis une vingtaine d’années immuables …

Aujourd’hui le contexte est différent, le gouvernement est mis à nu, la Joconde range ses valises et le Roi tend l’oreille aux revendications de son peuple, il serait donc stupide de ne pas solliciter les nécessités matérielles et les outils organisationnels vitaux pour qu’on puisse, nous aussi, entrer dans la cours des grands … Aujourd’hui, la commission nationale des médecins internes et résidents du Maroc, poursuit le travail contestataire d’il y a 3 ans pour sauver le bateau de la santé du naufrage en organisant des grèves et des Sit-in dans le plus important aura lieu ce mercredi 30 mars 2011 devant le ministère de santé à Rabat à 9h du matin.

Notre génération différemment de la précédente est intransigeante sur le faite de vivre dignement sa vie et passionnément son métier. Le prix est couteux et passe déjà par connaitre comment les médecins dans les pays qui se respectent vivent leurs vie professionnelle … comment sont-ils arrivés là ? Et pourquoi sont-ils si épanouis et productifs ? … Pourquoi ne pas jouir comme eux, de la possibilité de faire des imageries à la minute même où on les demande ? Des greffes d’organes à gogo ? À un service sanitaire qui respecte la vulnérabilité et la psychologie du patient ? À un enseignement qui respecte l’intelligence et accompagne les ambitions des étudiants en médecine et des médecins en formation ? À des bourses, des rémunérations et des salaires qui empêchent le drainage des compétences vers les pays qui savent les honorer ?

Après une longue discussion avec un grand chirurgien belge, lui expliquant les raisons qui ont poussés les peuples arabes à se révolter, qui sont d’ailleurs les mêmes qui ont poussés ses médecins à venir ici pour apprendre, il m’a répondu avec optimisme en disant : « vous savez, il fut un temps où on venait chez les musulmans pour acquérir la science parce qu’on était aussi sous des dictatures, on a fait notre révolution, on a connu des guerres … l’histoire de l’Europe nous a appris que pour y avoir une place dans ce continent compétitif et dans ce monde qui change en général, on a pas le droit d’être faible. On a su qu’on n’a pas d’autre choix que de travailler ardement. Ces greffes d’organes, c’est après des grèves meurtrières qu’on a pu les faire. L’église était catégoriquement contre la science. Maintenant, les pays arabes ont d’excellents éléments dans tous les domaines dans nos pays, ils sont entrain de faire leurs propres révolutions … l’avenir est à vous »

Ma chronique est provocatrice et comparative dans ce sens là. On ne peut avancer si l’on ne connait pas où l’on va.

L’occident - comme a dit Roger Garaudy - est un accident, si on le voit sous l’angle politique, social et économique mais il a des leçons à nous donner sur le plan de la gestion, la pédagogie et de la science. Ça serait injuste de le blâmer en totalité mais aussi bête de l’admettre en intégralité.

A la sortie de ma garde, je trouve un immense plaisir d’aller au sens opposé de ceux qui viennent pour travailler. Un plaisir qui s’intensifie une fois regagné mon lit pour une bonne matinée de sommeil régénérateur où je vais combiner tous les petits court-métrages rêvés et entrecoupés par les agressés et les soulards la veille, et où seule la recherche de l’oreiller un peu éloigné peut me réveiller en pleine après-midi pour aller ensuite profiter de ces libres moments de vie que dieu m’offre encore une fois dans la capitale de l’Europe.

En faisant cela, je me retrouve le lendemain comme un logiciel fraichement installé et prêt à exécuter les taches qui me sont attribués, sans afficher les « Errors » ou condamner les autres, l’instruction, le gouvernement ou/et demander de redémarrer le « système ».

Tag(s) : #L'école du voyage

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