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http://oldgoldandblack.com/wp-content/uploads/2013/04/Zoe.jpgQuelques lettres du coeur, Page 37,38,39 - Tariq Ramadan
16 décembre 1998
 
Il y a dans la rupture quelque chose de bon, d’utile, de nécessaire. L’habitude, quand elle s’empare de ton esprit et de ton corps, finit par t’endormir, par t’«émousser», par te faire oublier. C’est une sorte d’ivresse, sans ivresse… qui agit pourtant sur ta lucidité et ta sensibilité. Ce qui est habituel devient lentement, très doucement. «normal» et il arrive souvent que la négligence de la répétition endorme insensiblement la conscience. Insensiblement, dangereusement.

Tu t’habitues vite, très vite… et tu oublies tout aussi vite. Tu es ainsi, comme tous les êtres humains, et inconstant, et négligent, et finalement bien fragile. Le Créateur connaît les secrets de Sa création et, dans Sa bonté, Il a dessiné, pour toi comme pour chacun, les chemins de la persévérance, de la force du cœur et de l’esprit. Au cœur de la tourmente, de la vitesse, de la routine et du rendement, Il nous a enseigné la vertu de s’avoir s’arrêter… faire une pause, un pas en arrière, méditer, évaluer, penser, prier. Seul et habité.

Tu vas à la rencontre d’un moment privilégié et béni de l’année… pendant un mois, un jour après l’autre, Dieu te demande de prendre du temps, de t’approcher, de Sa parole, de Ses signes, de ton cœur fatigué. Ceux qui tu rencontres, en Europe, pensent que le jeûne consiste à se priver… de boire et de manger. Tu sais l’expliquer. Pourtant, à la source de la Révélation et du chemin de ton intimité, tu sais aussi, et tu dois te rappeler, que jeûner, c’est se libérer… de la prison des habitudes, de la consommation, de la vitesse, de la fonctionnalité… de la vie aveugle, où l’on a des yeux qui ne voient pas, où l’on a des oreilles qui n’entendent pas, où l’on a un cœur qui ne comprend pas… qui ne comprend plus. «Ce sont les cœurs, au fond des poitrines, qui deviennent aveugle (…) » (Coran 22/46)

Ma sœur, mon frère, il faut te préparer de toute la force de ton intelligence, de ton affection et de ta foi à accéder à ces moments de la vraie liberté. La liberté n’est pas, comme certains le croient, de faire ce qui te plaît, n’importe quand, n’importe comment, alors que d’autres décident de tes goûts, de tes plaisirs et de ton errance. La liberté, ta liberté, c’est être, être au cœur de ton être, à proximité de ton cœur et de la Lumière. Du profond de ta solitude, voir se dessiner ton chemin. Ta liberté est un don de la proximité. Dieu, Son amour, ta spiritualité.

Prépare-toi, ma sœur, mon frère, à accueillir ce mois de la liberté. Alors que le monde court, s’oublie, s’enivre de boisson, de télévision, d’artifices et de bruits; prépare-toi au silence, au calme, à la lecture, à la prière, à la veillée. Et sans manger, sans boire apprends à mieux observer le monde, à mieux lire les signes. Parle peu, parle moins et vis de ta vie intérieure. Ce changement, cette rupture est un réveil. Le sens du mois de jeûne est dans cet effort. Intime, profond, intense. Apprends à ton cœur à jeûner comme tu l’exiges de ton corps et cherche la Lumière de Sa proximité. Il «répond à l’appel de qui l’appelle quand il L’appelle» (Coran 2/186). Parle Lui, demande Lui… dans le silence, invoque le Très-Haut, durant la nuit, prie, le Très-Rapproché et retrouve la force du sens et de la spiritualité. Peut-être sauras-tu être, seul et entouré, un signe, une lumière… de ces témoins sur la route, que l’on respecte, que l’on aime… que l’on aime si fort… parce qu’ils aiment Dieu, et donnent, donnent sans compter. De leur cœur, de leurs biens; par amour, par fidélité.
Tag(s) : #je bouquine ...

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