Présentation

Mot de la semaine

" Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale d'être bien adapté à une société malade "

Email

boubouh.aymane@gmail.com

je bouquine ...

      Nous sommes nombreux dans le monde occidental à avoir été programmés depuis notre plus jeune âge à les – nos rôles - considérer comme différents compartiments de la vie. A l’école, nous suivons des cours différents. Nous avons un 20 en sciences naturels et un 10 en histoire et il ne nous vient jamais à l‘esprit qu’il puisse y avoir un lien entre les deux.

    Nous considérons notre rôle au bureau comme complètement différent de notre rôle à la maison, et aucun de ces deux-là comme ayant un lien quelconque avec d’autres rôles que nous pouvons avoir : épanouissement personnel ou nous rendre utile aux autres.
Le résultat, c’est que nous pensons en termes d’alternative et sommes seulement capables de nous focaliser soit sur un rôle soit sur un autre.

Ce cloisonnement se traduit dans notre personnalité. Ce que nous sommes au bureau est d’une certaine manière différent de ce que nous sommes à la maison. Ce que nous faisons dans notre vie privée est sans lien avec notre vie publique.

Dans The Unschooled Mind, Howard Gardner montre l’impact du cloisonnement de la pensée. Les gens diplômés universitaires obtiennent le bon résultat tant qu’ils restent dans leur domaine. Mais fautes-leur passer un test dans lequel les données et la situation changent, et ils ne vont pas seulement s’y prendre mal – ils vont sécher. Ils n’y arrivent pas. Ils ne peuvent pas franchir les barrières de la pensée.

 Le problème, c’est la manière dont nous envisageons le problème. Ce cloisonnement est fondé sur l’illusion et essayer de vivre une illusion extrêmement pénible.

Tous ces rôles font partir d’un ensemble largement interdépendant, un écosystème vivant dont chaque élément agit sur tous les autres.

« Un homme ne peut pas bien faitre dans un domaine de sa vie tandis qu’il s’acharne à mal faire dans un autre. La vie est un tout indivisible »Ghandi

Ce principe holistique constitue l’un des fondements de la sagesse orientale, où l’équilibre est considéré comme essentiel à la vie et à la santé

« Nous [dans le monde occidental] avons inventé l’idée selon laquelle la biologie, la physique, la psychologie et la psychiatrie, sont des sciences séparées. Si ce qui nous intéresse c’est la santé, et que nous prenions en considérations seulement les échanges chimiques, ou l’état mental du malade , nous n’obtiendrons qu’un aperçu imparfait . le patient qui est assis devant moi apporte avec lui – ou avec elle – non seulement des échanges chimiques, mais aussi bien sa famille, ses relations, ses émotions et sa personnalité. lorsque, dans un hôpital, nous faisons une distinction entre le corps et l’esprit , nous créons des abstractions. Le patient est toujours une personne entière et pour l’(aider à aller mieux , l’idéal serait de pouvoir traiter tous ces aspects différents – l’équilibre de la vie d’un individu »
David Eisenberg

Une ancienne sagesse occidentale a exprimé l’essence de ce paradigme d’équilibre holistique :

« tu crois que parce que tu comprends un , tu dois comprendre deux , puisque Un et Un font Deux. Mais tu dois aussi comprendre Et »

 Lorsque nous essayons d’appliquer ce paradigme à notre cas personnel, nous réalisons que l’équilibre dans notre vie, ce n’est pas de courir d’un compartiment à un autre. Il s’agit d’un équilibre dynamique entre des éléments qui fonctionnent tous en synergie et forment un tout extrêmement interdépendant. L’équilibre, n’est pas dans le Ou , il est dans le ET.

Priorité aux priorités, Stephen covey, pages 151 – 152 , first éditons
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
{ ... Ce fut le chaos, et non la civilisation, qu'il découvrit dans cette Europe où les ruptures allaient s'aggravant en fonction des deux facteurs de plus en plus prépondérants : la rapidité du développement scientifique et l'expansion coloniale. Ces deux facteurs – scientisme et colonialisme – se conjuguaient pour devenir "Fatalité" de l'Europe tout comme la théologie était devenue la "fatalité" de la société post-almohadienne.

Sous leur influence, le glissement de l'Europe au matérialisme ne pouvait que s'accélérer avec l'essor d'une science prodigieusement novatrice. Le fossé entre cette science bouleversante et la conscience traditionnelle bouleversée se creusait à chaque invention, à chaque découverte. Cette conscience qui, dès la fin du XVIIIème siècle, s'était inclinée devant la Déesse-science, était au début du XXème siècle définitivement submergée par une véritable inondation scientifique qui déposait dans la psychologie européenne le limon dans lequel la plante robuste de l'esprit cartésien proliféra jusqu'à se changer parfois en un cartésianisme dangereux. Le "Moi" européen, grisé par les forces nouvelles qu'il avait libérées, se laissait fasciner par son propre génie.

Mais il avait en fait joué le rôle de l'apprenti-sorcier. La machine qu'il avait créée mais qu'il ne savait pas dominer allait bientôt le diriger de son cerveau mécanique, l'avaler dans ses entrailles de fer. La réalité devenait chiffrable, et le bonheur mesurable en quantité, du ''quantitatisme" dans les consciences. C'était aussi l'ère du relativisme moral d'un début de siècle qui eut pour maxime le fameux "Tout est relatif" … on n'avait plus le sens de ''l'absolu'' ; le mot lui-même était devenu équivoque, mot mort qui ne signifiait-plus rien parce que le XXème siècle, positiviste comme un cerveau de machine, ne comprenait plus ce qui dépassait les perspectives "relatives" de la matière. Le sens de ''l'absolu'' était mort de la façon dont mourut le concept de ''Justice" le jour où en Europe quelqu'un déclara qu'"un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès". La vie économique elle-même devint ce qu'elle est, le jour où un homme osa affirmer que "le commerce est un vol autorisé". Et c'est ainsi que l'Europe quantitatiste et relativiste a tué bon nombre de concepts moraux en leur arrachant leurs titres de noblesse, en les transformant en parias et en intouchables langage, en bannis de l'usage et de la conscience ; et les dictionnaires sont parfois devenus les cimetières de mots qui ne disent plus rien parce qu'ils répondent à des concepts sans vie.

En Europe, le quantitatisme s'aggrave en fonction du coefficient multiplicateur que représente la puissance technique à l'échelle d'une industrie tentaculaire qui décuple et centuple l'appétit matériel de l'homme. Il marque la vocation de l'enfant, qui ne choisit plus sa voie pour ce qu'elle donne à la société, mais pour ce qu'elle prend à la société. On cherche à obtenir une sinécure et non satisfaire une vocation, ce qui est une excellente préparation pour le futur administrateur de colonies, puisque ce fonctionnaire n'a même plus besoin de conserver le relatif "quant-à-soi" qui, dans son pays d'origine, l'empêcherait d'aller jusqu'au bout de son relativisme moral.

 Sur le plan colonial, la morale relativiste trouve d'ailleurs un excellent prétexte qui se nomme "Souveraineté nationale" : et le masque du "quant-à-soi" tombe, comme un fard qui fondrait au soleil colonial, dans l'atmosphère surchauffée par les appétits déchainés et les instincts débridés : on désire, on prend.

A l'intérieur de l'Europe elle-même, on finit par s'acclimater à ce qu'on importe de la vie coloniale, en fait d'habitudes, de gouts et d'idées ; les vocations ne répondent plus à un "pourquoi'' ou à un ''comment", mais à un seul ''combien", ce qu'hypocritement on s'efforce tout d'abord de camoufler sous plus ou moins de rhétorique. Mais cette rhétorique finit elle-même par disparaître : le chat s'appelle chat et le million se nome million. Toutes les articulations sociales deviennent numériques : on "rend" tant, on paie tant, on achète tant et on mange tant, la vue roule uniquement sur le "combien". Dans la société technique et mécanique qui s'est édifiée en Europe depuis 1900, le chiffre est roi et la statistique sans réplique. La nature humaine – c'est-à-dire la conscience elle-même – n'entre pas en ligne de compte, comme tout ce qui ne se dénombre ni se quantifie. La condition humaine devient une simple fonction numérique. Les machines pointent, calculent et entrainent l'homme au travail dans leurs engrenages d'acier. La fameuse ''loi d'airain" de Lassalle domine tout le destin de l'homme, modèle sa chair et ses nerfs et en fait un robot. Ce qui est le plus humain, c'est que besoin de l'homme. Mais ici, le besoin est déshumanisé, commercialisé : il n'est conçu et admis que dans la mesure où il est solvable. Les besoins généraux de l'humanité, et plus particulièrement ceux de la "veuve et de l'orphelin", des vieillards, des malades, ne sont pas solvables et les machines ne font ni calcul ni estimation métaphysique.

L'automatisme est admirable : les machines tournent, les colonies fournissent matières premières et main-d'œuvre à bon marché, les usines transforment, les consommateurs qui peuvent payer consomment, les machines calculent les barèmes, établissent les dividendes, les salaires et les horaires, l'automatisme est admirable … à la condition, bien entendu, qu'il n'y ait pas un seul grain de sable dans le moteur.

Or, dans la machine moderne, il y en avait plus d'un. En 1914, les engrenages eurent un crissement sinistre. Les sources de matières premières n'étant plus suffisantes, il y avait des moteurs qui tournaient à vide ou qui ne travaillaient pas à leur régime normal, c'est-à-dire à l'échelle d'une avidité et d'une voracité insatiables. Dans la machinerie, la bagarre éclata entre les machinistes. Après quatre années de destructions et des millions de morts, un précaire modus vivendi s'établit et les moteurs, relancés, tournèrent rond. Dans les consciences grisées par l'argent et le champagne, la rupture 1914-1918 ne laissa aucun souvenir et la prospérité apparente masqua momentanément la réalité.

Cependant dès 1930, on entend un nouveau crissement dans les engrenages. Cette fois- ci , la crise va mettre à nu le chancre moral qui dévore la civilisation et prouver l'impuissance de la technique à résoudre seule, par des graphiques et des équations, le problème humain. Les machines s'arrêtent de tourner, de pointer, de calculer horaires et dividendes. Les queues s'allongent devant les caisses de chômage et la misère s'installe dans les foyers. Mais une tragique ironie plane sur cette misère, qui , pour la première fois dans l'histoire, n'est pas due à la rareté des richesses, mais à leur surabondance. C'est le trait de génie du XXème siècle d'avoir scientifiquement transformé les conditions du bien-être en facteurs de misère. Où est le mal ? dans un excédent de la courbe de production sur celle de la consommation ? jeu d'enfant ? pour des techniciens qui savent rectifier les calculs et ramener les courbes à des échelles données, la solution est arithmétique : il faut détruire le surplus. Rien de plus simple … et l'on détruisit du blé, du coton, du café, cependant que certains peuples en manquaient totalement. Et la civilisation qui avait inventé le malthusianisme entreprit d'y soumettre non plus les consommateurs mais les biens de consommation.

Il n'y eut aucune autorité spirituelle pour dénoncer le scandale. Ceux qui pouvaient sauver l'Europe de son chaos économique n'avaient pas de besoins solvables : les peuples coloniaux qui étaient nus et avaient faim ne pouvaient rien acheter parce qu'en les considérant comme simple outils de travail, on n'en tenait pas compte des consommateurs.

 Le système qui engendra le chaos en Europe est à la fois scientiste et colonialiste. Il pense, en Europe, grace au "lobe de la science", et dans le monde, grace au "lobe du colonialisme". Mais à partir de la crise de 1930, les deux lobes vont se confondre et le monstre atteindra sa plénitude. Dans la genèse du phénomène, l'incendie de 1939 n'est qu'un retour de la flamme : moment où Machiavel se retourne sur lui-même, où Satan détruit son œuvre. C'est l'instant où le destin souffle dans la voile humaine, déployée pour que oracles s'accomplissent. Le prophète sociologue Mohammad dit en effet : "Quiconque creuse un puits sous les pieds de son prochain y tombera lui-même". Et craignant d'avantage pour une nation , l'injustice qu'elle commet que l'injustice qu'elle subit, il ajoute : "Le pouvoir même des incroyants peut durer s'il est juste, mais le pouvoir des croyants périt surement s'il est injuste"

L'histoire de notre époque illustre tragiquement ces oracles. L'Europe qui devait éclairer la marche de l'humanité a fait du flambeau de la civilisation une simple torche incendiaire. A la lueur du feu qu'elle a mis au monde colonisé et qui s'est retournée sur ses propres terres, on y voit régner le même chaos que celui qu'elle a semé dans le reste du monde, la même désorientation, le même fatalisme devant les puissances maléfiques de la mythologie.

Car l'Europe cartésienne est savante, industrialisée, organisée et taylorisée, a ses mythes. Mythes inhibiteurs, mais d'une autre façon que ceux de la société post-almohadienne : si la paralysie du monde musulman est apathique et aphone , la paralysie européenne est au contraire convulsive et hurlante. Les mythes européens sont infiniment plus dangereux parce que qu'ils détiennent la puissance de la machine, celle de la matière, et qu'ils risquent ainsi de tout détruire scientifiquement, de bikiniser les pays et les peuples.}


Pages 112 , 113 , 114 , 115 , Le chaos du monde occidental , Vocation de l'islam , Malek Bennabi
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
{ Toute action réelle entretient un rapport direct avec la pensée, et toute absence de ce rapport implique une action aveugle, incohérente, quelque chose comme un effort sans motif. Quand la pensée est déficiente ou absence, l'action est insuffisante ou impossible : on est alors entrainé vers une appréciation subjective des faits, dont on trahit la nature et l'importance par surestimation ou par sous-estimation.

Ces deux modes de trahison se présentent dans le monde musulman moderne sous la forme de deux psychoses de sens inverse : celle de la "Chose facile" qui conduit à l'action aveugle, et celle de la "Chose impossible", qui paralyse l'action comme il arrive fréquemment en Afrique du nord … Cette dernière psychose se fonde sur trois axiomes qu'il est à peine nécessaire de rappeler :

- Nous ne pouvons rien faire, parce que nous sommes ignorants
- Nous ne pouvons accomplir cela, parce que nous sommes pauvres
- Nous ne pouvons envisager cette œuvre, parce qu'il y a le colonialisme.

Ces trois refrains sont monnaie courante. Des gens de bonne foi expliquent ainsi leur impuissance. Mais les charlatans s'en servent aussi pour justifier leurs lucratives entreprises de mystification, sous le regard complaisant du colonialisme. Le moindre effort d'investigation ne manquerait cependant pas de déchirer le voile des apparences inhibitrices, pour ne laisser apparaître, derrière les "vérités" en question, rien d'autre que des mythes. Il suffirait de confronter les "impossibilités" supposés aux réalités concrètes, aux véritables données du problème.

a) Nous sommes ignorants – c'est un fait, et c'est un fait qui découle du colonialisme. Mais que font les cadres instruits qui existent déjà ? que font-ils de leur instruction comme moyen élémentaire et immédiat contre l'analphabétisme général ? on a vu sous l'occupation allemande, les intellectuels israélites se préoccuper de ce qu'une élite peut faire de son simple savoir pour son peuple, même sous la plus étroite surveillance. Il y a bien peu de musulmans, pharmaciens, docteurs ou professeurs, qui songent – en Algérie et en dehors de leur profession – à l'éducation populaire. Bien entendu, sur le plan électoral, l'élite musulmane n'a pas manqué de réclamer l'augmentation du nombre des écoles.

Mais à quoi bon multiplier les écoles tant qu'on n'a pas "amélioré" les enseignements ? en multipliant la nullité, on n'obtiendra jamais autre chose que la nullité. Si l'individu instruit est lui-même inefficace, si son instruction est sans efficience sociale, le mythe de l'ignorance est un mythe dangereux car il voile, sous le problème de l'homme analphabète, le problème le plus profond de l'homme post-almohadien qu'il soit ignorant ou instruit.

b) Le mythe de la '' Pauvreté '' n'est pas moins dangereux. Il suffit de considérer l'efficacité sociale des moyens financiers du musulman riche. Malgré sa fortune, la bourgeoisie musulmane est encore plus inopérante que la classe pauvre. Il n'y a pas beaucoup de riches musulmans qui aient le souci de la formation intellectuelle ou technique d'un enfant du peuple, qui aient soutenu personnellement, spontanément, une œuvre d'utilité publique, et qui aient dans un tel but diminué leur train de vie. Cette carence n'est d'ailleurs pas particulière à l'individu, on la retrouve au niveau des organisations dites culturelles – qui ne renonceraient pas à certains frais parfaitement superflus, pour encourager et aider la culture. C'est une course à la dépense inutile. Il semble d'ailleurs qu'en ce domaine, le pauvre n'ait rien à envier du riche. On peut, en effet, vérifier n'importe où l'usage des pauvres que les ''pauvres" font de leur argent. J'ai eu récemment l'occasion de le constater une fois de plus dans une petite ville de constantinois où la seule œuvre d'utilité publique, une médersa, équilibre très péniblement un modeste budget de six cent mille francs. Or , une estimation globale faite sur les lieux m'a permis de me rendre compte que "les pauvres" – qui sont d'ailleurs réellement – avaient dépensé en une même soirée plus de 200 000 francs entre deux cinémas , un cirque , une baraque foraine et quelques cafés. En se basant sur quelques chiffres de cet ordre , on peut apprécier le taux d'efficacité du capital musulman, c'est-à-dire le rapport entre le budget des utilités et le budget de futilités. Dans le cas choisi , le gaspillage est de 95%. C'est l'indice de l'évolution entropique qui règne dans tous les domaines de la vie musulmane moderne. Cet indice est d'ailleurs encore plus élevé dans les cérémonies, mariages, circoncisions, funérailles , qui sont l'occasion d'effrayantes hémorragies budgétaires dans la vie des familles.

On peut faire les mêmes constatations dans n'importe quel domaine de la vie privée ou publique. Nous en avons un exemple fort instructif dans le budget de la délégation de la ligue arabe à l'ONU en 1948.

Cette délégation disposait en effet de 500 000 Dollars environ et , durant tout son séjour à paris, n'a pas publié un seul document pour exposer à l'opinion publique la question palestinienne, alors que les israéliens inondaient efficacement le monde de leur propagande. Cette énorme disproportion entre les moyens et les résultats est typique de toute l'activité publique musulmane. Nous sommes "Pauvres", sans doute, mais il n'y a chez nous aucun souci d'y remédier par une utilisation plus judicieuse des moyens disponibles. Il y a même des œuvres intellectuelles d'une importance considérables qui attendent encore leur publication, faute de moyens financiers, cependant que le denier publique s'en va on ne sait où. Le cas de la délégation arabe à paris n'est pas une exception à mettre sur le compte des pachas d'Egypte ; partout où l'argent existe, dans le domaine privé comme dans le domaine public, on est obligé de constater qu'il est mal utilisé. Même si' l'on avait augmenté le budget de la délégation arabe, on n'aurait pas pour autant augmenté ses moyens et son efficacité, mais ses besoins et ses dépenses. Il ne s'agit donc pas d'un problème financier mais d'un problème psychologique et technique, celui de l'"orientation du capital".

c) il y a enfin le troisième mythe , qui – sous le nom de colonialisme – paralyse toutes les bonnes volontés , justifiant parfois de véritables escroqueries morales et politiques. Il est important de noter qu'en ce qui concerne les mythes dont nous venons de parler , la cause inhibitrice ne venait pas de l'extérieur, mais qu'elle est interne, née de la psychologie de gens, des gouts, des idées, des usages, de tout ce qui constitue l'esprit post-almohadien , en un mot : de leur "colonisabilité".

Certes, la part du colonialisme est écrasante, puisque systématiquement il écrase toute pensée , tout effort intellectuel , toute tentative de redressement moral ou économique , c'est-à-dire tout ce qui pourrait donner un ressort quelconque à la "vie indigène". Il infériorise techniquement l'humanité livrée à sa loi, cette loi que nous avons désignée sous le terme de "coefficient colonisateur". Mais ce coefficient n'affecte pas la valeur fondamentale de l'individu inefficace, inerte, jusque dans les domaines où la pression colonialiste ne peut être incriminée. Donc le colonialisme agit à la fois comme réalité, quand il inhibe effectivement l'action, et comme mythe , quand il n'est qu'un alibi ou un masque de la colonisabilité.

Il y a un processus historique qu'il ne faut pas négliger sous peine de perdre de vue l'essence des choses, de ne voir que leurs apparences. Ce processus ne commence pas par la colonisation, mais par la colonisabilité qui la provoque. D'ailleurs , dans une certaine mesure, la colonisation est l'effet le plus heureux de la colonisabilité parce qu'elle inverse l'évolution sociale qui a engendré l'être colonisable : celui-ci ne prend conscience de sa colonisabilité qu'une fois colonisé. Il se trouve alors dans l'obligation de se ''désindigéniser" , de devenir incolonisable, et c'est en ce sens qu'on peut comprendre la colonisation comme une "nécessité historique". Il faut faire ici une distinction fondamentale entre un pays simplement conquis et occupé, et un pays colonisé. Dans l'un , il y a une synthèse préexistante de l'homme, du sol et du temps qui implique un individu incolonisable. Dans l'autre, toutes les conditions sociales existantes traduisent la colonisabilité de l'individu : dans ce dernier cas, une occupation étrangère devient fatalement une colonisation. Rome n'avait pas colonisé mais conquis la Grèce. L'Angleterre, qui a colonisé 400 millions d'Hindous parce qu'ils étaient colonisables , n'a pas colonisé l'Irlande, soumise mais irrédentiste. Par contre le Yémen, qui n'a jamais cessé d'être indépendant, n'en a tiré aucun profit parce qu'il était colonisable, c'est à-dire inapte à tout effort social. D'ailleurs ce pays ne doit qu'au simple hasard des conjonctures internationales d'avoir conservé son indépendance.

Ainsi donc la colonisation n'est pas la cause première à laquelle on puisse imputer la carence des hommes et la paresse des esprits dans les pays musulmans. Pour porter un jugement valable en ce domaine, il faut suivre le processus colonial depuis son origine, et non pas s'en tenir au seul moment présent : il faut le saisir en sociologue et non en politicien. On se rend compte alors que la colonisation s'introduit dans la vie du peuple colonisé comme le facteur comme le facteur contradictoire qui lui fait surmonter sa colonisabilité. L'histoire du monde musulman , depuis plus d'un demi-siècle, n'est que le développement historique de cette contradiction introduite par le colonialisme dans l'état des choses qui caractérisé et constitua la colonisabilité. Il y a donc un aspect positif de la colonisation , en ce qu'elle libère des potentialités longtemps demeurées inertes. Bien qu'elle constitue d'autre part un facteur négatif, puisqu'elle tend à détruire ces mêmes potentialités en appliquant à l'individu "le coefficient colonisateur", un fait est significatif : L'histoire n'a jamais enregistré la pérennité du fait colonial , les forces essentielles de l'homme surmontent finalement toutes les contradictions. Le colonisateur ne vient pas naturellement "promouvoir" , il vient paralyser , comme l'araignée paralyse la victime prise dans sol filet. Mais en fin de compte , il change si radicalement les conditions de vie de l'être colonisé que , par cela même , il transforme son âme. Il est donc fondamental , quand on examine la situation dans un pays colonisé , de ne pas omettre de considérer tour à tour ces deux notions concourantes , mais absolument distinctes : la colonisation et la colonisabilité. La seule manière de définir techniquement les causes d'inhibition est de déterminer dans quelle mesure elles relèvent de la colonisation ou de la colonisabilité. C'est ce prix que le monde musulman pourra déterminer les moyens appropriés pour venir à bout des carences qui ont jusqu'ici paralysé ses entreprises.

Tout le succès d'une méthode , qu'il s'agisse d'une doctrine politique ou d'un Islah , dépend en premier lieu de la considération simultanée de ces deux faces du problème.

Voir l'une sans l'autre , c'est ne voir qu'un faux problème.

Malheureusement , cette façon de tronquer le problème se déguise en général sous le masque du patriotisme, d'un patriotisme local et vain. N'est ce pas , cependant , le meilleur moyen de servir le colonialisme que de faire durer encore des carences, des paralysies et des abcès qui constituaient , depuis trois ou quatre siècles déjà , les signes évidents d'une société en état de pré colonisation ? une conclusion logique et pragmatique s'impose donc , c'est que , pour se libérer d'un effort : le colonialisme , il faut se libérer d'abord de sa cause : la colonisabilité.

Que le musulman n'ait pas tous les moyens désirables pour développer sa personnalité et actualiser ses dons : c'est le colonialisme. Mais que le musulman ne songe même pas à utiliser efficacement les moyens déjà disponibles, à fournir le sur-effort de fortune, qu'il n'utilise pas son temps dans ce but, qu'il s'abandonne, au contraire, au plan d'ingidénisation, de chosification, assurant ainsi le succès de la technique colonisatrice : c'est la colonisabilité.
Ainsi quand on essaie de classer les différentes causes d'inhibition qui freinent les activités du monde musulman moderne, qui maintiennent son évolution à un rythme ralenti, qui sèment le désarroi, l'impuissance et finalement le chaos dans sa vie, on s'aperçoit que les causes internes – celle qui résultent de la colonisabilité – sont prépondérantes.}


Pages 81 , 82 , 83 , 84 , 85 , vocations de l'islam , Le chaos du monde musulman moderne , Malek Bennabi
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
{ .... Cette impuissance organique est renforcée par des paralysies particulières : morale, sociale et intellectuelle.

La plus grave, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres, c'est la paralysie morale. Son origine est connue " L'islam est une religion parfaite ". Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement, il en découle dans la conscience post-almohadienne une autre proposition : "Nous sommes musulmans, donc nous sommes parfaits". "Syllogisme" funeste qui sape toute perfectibilité dans l'individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement. Jadis, Omar ibn El-Khattab – Deuxième calife des musulmans - faisait régulièrement son examen de conscience et pleurait souvent sur ses "fautes". Mais il y a longtemps que le monde musulman a cessé de s'inquiéter de possibles cas de conscience. On ne voit plus qui que ce soit s'émouvoir d'une erreur, d'une faute. Parmi les classes dirigeantes règne la plus parfaite quiétude morale. On ne voit aucun dirigeant faire publiquement son mea culpa.

C'est ainsi que l'idéal islamique, idéal de vie et de mouvement, a sombré dans l'orgueil et particulièrement dans la suffisance du dévot qui croit réaliser la perfection en faisant ses cinq prières quotidiennes sans essayer de s'amender ou de s'améliorer : il est irrémédiablement parfait – parfait comme la mort et comme le néant. Tout le mécanisme psychologique du progrès de l'individu et de la société se trouve faussé par cette morne satisfaction de soi. Des êtres immobilisés dans leur médiocrité et dans leur imperfectible imperfection deviennent ainsi l'élite morale d'une société où la vérité n'a enfanté qu'un nihilisme. La différence est essentielle entre la vérité, simple concept théorique éclairant un raisonnement abstrait, et la vérité agissante qui inspire des actes concrets. La vérité peut même devenir néfaste, en tant que facteur sociologique, lorsqu'elle n'inspire plus l'action et la paralyse, lorsqu'elle ne coïncide plus avec les mobiles de la transformation, mais avec les alibis de la stagnation individuelle et sociale.

Cette paralysie morale, qui est incontestablement le résidu post-almohadien le plus dangereux, immobilise la société musulmane, incapable de sureffort nécessaire à son redressement. La paralysie intellectuelle n'est qu'une de ses conséquences : lorsqu'on cesse de se perfectionner moralement, on cesse fatalement de modifier les conditions de sa vie et de penser cette modification. Peu à peu la pensée se trouve ainsi figée, pétrifiée, dans un monde qui ne raisonne plus parce que son raisonnement n'a plus d'objet social.

Le "Taqlid" ou conformisme moral implique fatalement un renoncement à l'effort intellectuel, à cet, " Ijtihad" qui fut directive essentielle de l'esprit musulman de la grande époque.}


Page 76 , 77 , vocations de l'islam , Malek Bennabi.
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
{ Dans toute société qui nait et s'organise, il y a des éléments traditionnels à coté d'éléments d'inspiration moderne. Ces derniers sont en général empruntés à des sociétés déjà organisés, par un effort d'analyse et d'adaptation qui suppose en réalité un effort de création et de synthèse. Cette assimilation exige des discriminations précises, une constante vigilance de l'esprit critique pour imposer, quant aux emprunts nécessaires, les indispensables conditions de compatibilité, d'utilité, de convenance. La société musulmane primitive s'était plus d'une fois trouvée en face de tels problèmes et les avait résolus chaque fois d'une manière consciente et heureuse, notamment lorsqu'il s'était agi de désigner un mode d'appel à la prière.
Ce "besoin"nouveau dans la société musulmane, existait déjà dans la société chrétienne où l'appel se faisait au son des cloches.
On pouvait donc simplement emprunter ce moyen. Mais après réflexion, le prophète et ses compagnons optèrent pour un mode d'appel original : la voix humaine. On créa donc la charge de muezzin, évitant de la sorte l'importation de cloches qu'on ne fabriquait pas et qu'on ne pouvait pas encore fabriquer à la Mecque ou à Médine. Nous avons ici l'exemple d'une société nouvelle qui emprunte, en quelque sorte, un "besoin" à une société organisée, mais qui crée "moyen" répondant à ce besoin nouveau.
D'autre usages et d'autres "traditions" ont été pareillement admis dans la société musulmane, primitive, mais après un choix délibéré entre un moyen et un autre , entre divers procédés , entre diverses conceptions. Dans ces conditions , l'emprunt s'intégrait naturellement à la vie musulmane puisqu'il répondait à la fois à ses fins et à ses moyens

.... Depuis un siècle, la société musulmane se trouve de nouveau en face du problème des emprunts : portée, par le mouvement même de sa renaissance , à toutes les innovations et à tous les emprunts , elle en même temps paralysé par son traditionalisme .

Il convient de dégager ici, pour mieux les éclairer, les facteurs qui sont à la base de ce trouble et de cette impuissance. Les uns se rattachent à la question cruciale des emprunts à la civilisation moderne ; ils sont d'ordre bio-historique. Les autres concernent l'attitude du musulman à l'égard des problèmes de sa vie actuelle ; il s'agit d'un problème psychologique et dialectique.

1 / si nous examinons le premier problème, il nous faut noter que la vie sociale est régie – comme la vie organique – par des lois qui lui sont propres. Mais en biologie on sait, depuis qu'on a étudié les conditions de la transfusion du sang, que cette opération obéit à des règles strictes qu'il faut respecter sous peine de troubler profondément la physiologie de l'organisme récepteur. On s'est rendu compte notamment que les éléments sanguins ne sont pas tous interchangeables, en raison de différenciation biologiques entre les constituants organiques. Or cette donnée de l'ordre biologique est vraie dans l'ordre bio-historique : les éléments sociologiques qui caractérisent des cultures différentes ne sont pas tous et toujours intérchangeables.

Par conséquent les éléments sociologiques nouveaux ne sont assimilables par la société qui les emprunte que dans certaines conditions déterminées : un besoin impérieux ou impératif supérieur. Or la société musulmane, depuis un demi-siècle, n'a pas tenu compte de ces conditions. Elle a fait des emprunts sans aucun critère, sans aucune critique, un peu par contrainte et surtout par snobisme et par carence de l'esprit. La confusion et le désordre qui règnent dans le domaine politique sont le résultat d'un mélange d'idées mortes , résidus non décantés , et d'idées empruntées , d'autant plus dangereuses qu'elle se trouvent déplacées de leur contexte historique et rationnel : le cadre européen. Dans la société européenne, on prêchait le célèbre "chacun pour soi et Dieu pour tous" dont l'antidote nécessaire se trouvait dans l'organisation sociale. Ce principe ne pouvait qu'être mortel dans la société musulmane, où il a pris la place du "chacun pour tous et tous pour chacun" qui fut le principe social essentiel de l'islam. Parfois, le principe mortel est emprunté à un contexte scientifique et acquiert de ce fait un prestige pernicieux. C'est ainsi que le principe Darwinien de la "sélection du meilleur" est devenu un adage de nos moralistes modernes sans qu'ils se doutent que se qui est vrai en zoologie peut être faux en sociologie, où le " meilleur " signifie souvent le "pire". En Europe, même, ce principe, une fois déplacé de son contexte scientifique, n'a engendré que philosophies racistes de Gobineau ou de Rosenberg. A l'origine, il fut la cause de la concurrence et de l'émulation qui favorisent le développement matériel du monde occidental. Mais cette stimulation de l'activité n'était qu'euphorie passagère. Bientôt " le meilleur" devient l'homme véreux, ne reculant devant aucun moyen pour assurer son triomphe sur des "imbéciles" embarrassés de leurs scrupules. De véritables gangstérismes ont fini par voir le jour dans cette société occidentale où l'on avait érigé un principe zoologique en principe moral.

Ce sont des idées tout aussi pernicieuses – même pour la civilisation qui les a engendrées – qui passent fréquemment dans la renaissance musulmane et ainsi s'accumulant, dans une société déjà encombrée des résidus de sa propre décadence, les résidus d'une autre décomposition. Il ne semble pas, aujourd'hui encore, que l'on soit décidé à juger des emprunts d'un demi-siècle. La décantation de ce qui est mort et le filtrage de ce qui est motel constituent cependant le travail de base d'une véritable renaissance. Des problèmes capitaux se posent à la société musulmane, mais elle ne les pose pas elle-même. En tout domaine, le hasard supplée aux idées et aux initiatives.

2/ l'incapacité de penser et d'agir caractérise aussi le deuxième aspect de la question que nous considérons ici. Dans le domaine psychologique, elle témoigne en effet de l'absence de lien dialectique entre la pensée et son aboutissement concret..
L'idée et l'action qu'elle commande ne se présentent pas comme une totalité indissociable – ce qui devrait se produire dans tout schéma complet d'activité positive. Quand on analyse, en effet, le processus d'une activité quelconque ayant quelque rapport avec l'économie générale de la renaissance – et il n'est pas de détail si insignifiant soit-il qui ne doive figurer dans ce bilan – on le trouve incomplet soit à un bout , soit à l'autre : il y a une pensée qui ne s'actualise pas , ou une action qui ne correspond à aucun effort de pensée.

Cette lacune se rencontre aussi bien dans l'ordre privé, dans l'activité d'un individu isolé, que dans l'ordre public ; dans une activité générale. La pensée islahiste , par exemple , vise à la réforme de l'homme mais on ne voit jamais le réformateur là où il devrait être le porte-parole de son idée, là où se trouve l'objet même de sa réforme : dans les cafés , sur les places des marchés , partout enfin où se révèlent directement les tares sociales qu'il voudrait corriger. On se contente de faire à des enfants des cours selon des programmes d’où rien ne rappelle qu'il s'agit de réforme , ou bien on fait des prédications de "minbar" à un public qu'on n'est pas allé voir dans son milieu , dans son atmosphère habituelle, mais qui est venu au pied de la chaire : l'enfant analphabète devient quelquefois un lettré suffisant et l'adulte un auditeur complaisant. Le programme d'une médersa islamiste ne diffère pas essentiellement de celui d'une école traditionnelle, et le mot "islah" devient une simple étiquette qui recouvre des activités sans doute utiles mais tronquées de l'idée doctrinale.

Le divorce entre la pensée et l'action n'est pas la seule cause de l'inertie de l'esprit musulman, inertie qui est aussi imputable à la confusion courante entre l'essence des phénomènes et leurs apparences }



Page 71 , 72 , 73 , 74 , Vocation de l'islam , Malek Bennabi
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
   Le prophète et l'ensemble de ses compagnons avaient du quitter la Mecque à cause des persécutions et de l'adversité de leurs propres frères et sœurs au sein de leurs clan respectifs. La situation était devenue intenable, des femmes et des hommes étaient morts, d'autres avaient été torturés, et les Quraysh avaient finalement décidé de s'en prendre à Muhammad lui-même et de l'éliminer. L'émigration, l'Hégire (Al-Hijra), c'est d'abord clairement la réalité objective de femmes et d'hommes croyants, à qui l'on ne laissait pas la liberté de pratiquer et de s'exprimer, et qui ont décidé de tout quitter au nom de leur conscience. Parce que "La terre est vaste" , comme le rappellera le Coran, ils ont décidé de s'arracher à leurs racines, de rompre avec leur univers et leurs habitudes, et de vivre l'exil au nom de la foi. La révélation louera le courage et la détermination de ces croyants qui, par leur geste si difficile et humainement si couteux, ont exprimé leur confiance en dieu :

"Ceux qui ont émigré pour Dieu après avoir subi des injustices, Nous leur affecterons un séjour agréable en ce monde, et leur rétribution dans la vie future sera encore plus belle, si seulement ils savaient. Ceux qui ont patienté et qui ont placé leur confiance en leur seigneur"

والذين هاجروا في الله من بعد ما ظلموا لنبوئنهم في الدنيا حسنة ولأجر الآخرة أكبر لو كانوا يعلمون , الذين صبروا وعلى ربهم يتوكلون

سورة النحل : الاية 42 و 43


L'exil est donc une épreuve de la confiance, une fois encore. Tous les prophètes ont vécu cette épreuve du cœur, de façon toujours très intense, et tous les croyants à leur suite. Jusqu'ou sont-ils prêts à aller, que sont-ils prêts à donner, d'eux même et de leur vie, pour l'unique, sa vérité et son amour ? Telles sont les questions éternelles de la foi qui accompagnent chacune des expériences temporelles et historiques de la conscience croyante. L'hégire fut une des réponses de la communauté musulmane à l'origine de son existence.

Dans les faits, l'exil va aussi exiger des premiers musulmans d'apprendre à rester fidèles au sens des enseignements malgré le changement de lieu, de culture et de mémoire. Médine impliquait d'autres habitudes, d'autres types de relations sociales, un rôle tout à fait différent pour les femmes (Socialement bien plus présentes qu'a la Mecque) , et des relations entre tribus plus complexes , auxquelles il fallait ajouter la présence influente - et nouvelle pour les musulmans - des communautés juives et chrétiennes. Très tot , après moins de treize ans , la communauté de foi va devoir , en suivant l'exemple du prophète , faire la part des choses entre ce qui relevait des principes islamiques et ce qui tenait d'avantage de la culture mecquoise. Les musulmans devaient rester fidèles aux premiers, tout en apprenant à être flexibles et critiques vis – à – vis de leur culture d'origine. Ils devaient même s'efforcer de réformer certaines de leurs attitudes plus culturelles qu'islamiques.

L'hégire est également l'expérience de la libération, moise avait libéré son peuple de l'oppression de pharaon, il l'avait mené vers la foi et vers la liberté. L'essence de l'hégire est exactement de même nature : persécutés à cause de leurs convictions, les croyants décident de fuit la tutelle de leurs tortionnaires et d'entamer leur marche vers la liberté. Ils affirment ainsi qu'il ne peut être question d'accepter l'oppression ni d'accepter un statut victime, et que , au fond l'équation est simple : dire Dieu impose d'être libre ou de se libérer. C'était déjà le message que le prophète puis Abu Bakr avaient transmis à tous les esclaves de la Mecque : leur entrée en islam signifiait leur libération et tous les enseignements de l'islam étaient tournés vers la fin de l'esclavage. C'était désormais un appel plus large adressé à l'ensemble de la communauté spirituelle des musulmans : la foi exige la liberté et la justice et il faut être prêt , comme ce fut le cas avec l'Hégire , à en payer personnellement et collectivement le prix.

La dimension spirituelle de ces enseignements n'est point éloignée ; au demeurant elle les fonde et leur donne sens. Dès les premières revelations , Muhammad avait été invité à s'exiler de ses persécuteurs autant que du mal :

" Reste patient quand à ce qu'ils disent et éloigne-toi d'eux [exile toi d'eux] d'un bel exil "

و اصبر على ما يقولون و اهجرهم هجرا جميلا

سورة المزمل : الاية 10


" Et de l'abomination [le péché, le mal, le détestable], exile-toi donc "

و الرجز فاهجر

سورة المدثر : الاية 5



Telle fut également l'attitude d'Abraham, que son neveu Loth fut l'un des seuls à croire et à reconnaître , lorsqu'il s'adressa à son peuple en ces termes :

"Et Abraham leur dit : { Vous avez Adopté des idoles en dehors de Dieu , que pour consolider , entre vous , l'amour qui vous attache à ces bas monde ; mais , le jour de la résurrection , vous vous renierez et vous vous maudirez les uns les autres. Et, sans pouvoir bénéficier d'aucun secours, vous aurez l'enfer pour dernière demeure } ; Loth crut en lui et Abraham dit : { Je m'exile auprès de mon seigneur , car il est lui le tout puissant , le sage }"

وقال إنما اتخذتم من دون الله أوثاناً مودة بينكم في الحياة الدنيا ثم يوم القيامة يكفر بعضكم ببعض ويلعن بعضكم بعضاً ومأواكم النار وما لكم من ناصرين * فآمن له لوط، وقال إني مهاجر إلي ربي، إنه هو العزيز الحكيم

سورة العنكوب : الاية 25 , 26


L'hégire, c'est l'exil de la conscience et du cœur loin des faux dieux, des aliénations de toutes sortes, du mal et des péchés. S'éloigner des idoles de son temps – du pouvoir, de l'argent, du culte des apparences, etc. - ; émigrer loin des mensonges et des modes de vie sans éthique ; se libérer, par l'expérience de la rupture, de toutes les apparences de liberté paradoxalement confortées par nos habitudes : telle est l'exigence spirituelle de ka hijra. Plus tard, interrogé par un compagnon sur la meilleure des hijra , le prophète répondra : " C'est de t'exiler [t'éloigner]loin du mal[Abomination, mensonges, péchés]" il répétera sous différentes formes cette exigence de l'exil spirituel.

Ainsi, les musulmans qui ont accompli l'hégire – de la Mecque à Médine – ont dans les faits expérimenté la dimension cyclique des enseignements de l'islam , puisqu'il s'est agi pour eux d'effectuer un nouveau retour à soi , une émigration du cœur. Leur voyage physique vers Médine fut un exil spirituel vers l'intériorité de leur être. En quittant leur ville et leurs racines, ils revenaient à eux-mêmes , à leur intimité , au sens de leur vie au-delà de ses contingences historiques.

L'hégire physique, acte fondateur et axial de l'expérience de la première communauté islamique, a eu lieu et ne se renouvellera pas, comme l'exposera avec force Aisha à tous ceux qui voulaient, à Médine, revivre cette expérience. Umar Ibn Al-Khattab décidera plus tard que cet événement unique marquerait le début de l'ère islamique, qui commence en 622, selon un décompte se fondant sur les cycles lunaires. Ce qi donc reste et demeure offert à chacun à travers les âges et pour l'éternité est l'expérience de l'exil spirituel qui ramène l'individu à soi et le libère des illusions du soi et du monde. L'exil au nom de Dieu est au fond une série de questions que dieu pose à chaque conscience : qui est tu ? Quel est le sens de ta vie ? Où vas-tu ? Accepter le risque de cet exil, faire confiance à l'unique, c'est répondre : Par toi, je reviens à moi et je suis libre.

Extraits du livre " Muhammad , vie du prophète " ; Tariq Ramadan ; Pages 128 , 129 , 130 , 131 , 132 , 133

Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
" Dans le cas de 2M, et à ma grande stupéfaction, en totale violation du droit marocain , un monopole de l'état a été violé et l'on a transféré à une société privée le droit d'émettre.

C'est dire que l'opération de cession de 2M est une fausse privatisation, en réalité c'est une opération dans laquelle une société a la mainmise sur une chose qui appartient à l'état.

Nul besoin, pour l'occasion, d'évoquer les terrains qui ont été occupés, le budget de la RTM qui a été utilisé, ses équipements … à cet effet. C'est comme si l'état n'avait rien nationalisé.

On entend souvent dire que le privé est salvateur, soit. Mais quand il fait faillite, l'état le sauve juste à temps et ensuite le lui redonne ! Dans ces transactions, quel intérêt en tire le spectateur ? 2M est, pour moi, une station illégale.

En plus, elle diffuse une troisième catégorie de programme qui insulte implicitement ou explicitement notre propre culture. Ainsi à longueur de journée, cette station rabâche-t-elle certains messages qui n'ont aucune pertinence pour les marocains.

Cette opération prouve l'absence de débat réel et de participation. Sachez que cette même chaine est reçue en clair au Sénégal, alors que le marocain doit payer la réception de ses programmes et en plus, sans consultation , il doit payer les services de cette chaine à partir de la facture de l'électricité.

2M est une illustration certes, mais il est clair qu'il n'y a pas un domaine qui démontre aussi nettement ce qu'est le post-colonialisme que celui de la communication. Voyez donc la manière avec laquelle nous avons été recolonisés er qui est encore plus solide que celle de la fin du siècle dernier ou du début de celui-ci.

Tout simplement parce qu'une grande partie de cette recolonisation s'est faite au niveau des esprits et d'un complexe d'infériorité dont nos dirigeants souffrent.

Que faire ?

Il faut tout simplement faire une révolution dans les esprits. Mais cette dernière requiert plusieurs choses. La crise du tiers monde qui est, à l'heure actuelle , une crise de civilisation dénote un manque de vision. Il n'existe pus de vision, pour laquelle les gens peuvent se mobiliser et à laquelle ils peuvent s'identifier. Or, sans cela, il ne peut pas y avoir de rêve.

Et sans rêve, il ne peut pas y avoir de créativité par manque d'imaginaire, et sans imaginaire il n y a pas d'action viable. Une chose est sure, un grand a été franchi, plus personne ne se fait d'illusions.
Nous sommes conscients que nous devons cherchez un autre modèle de développement, une autre vision.

Il y aura une période de transition assez difficile, mais je pense que la révolution de la communication va activer ce questionnement, ceux qui ne répondront pas ç certaines exigences des verront éliminés et ceci est aussi vrai à l'intérieur d'un pays qu'entre les pays

Dès lors, pourquoi attendre l'échec et ne pas, dès maintenant, agir pour prévenir ?


La valeur des valeurs , Page 60 , Mahdi Elmandjra 
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
L'histoire des sciences et des techniques, telle qu'elle est en général conçue dans les pays occidentaux, repose sur un postulat implicite : on doit mesurer le " progrès " des sciences et des techniques à partir d'un seul critère, celui de leur efficacité pour assurer un pouvoir maximum de domination sur la nature et sur les hommes. Définition purement quantitative qui revient à dire que cette volonté de puissance et de domination (même si elle conduit prioritairement à la destruction de la nature et des hommes), et les sciences et les techniques qui la servent, sont devenues le but suprême, la valeur unique, la religion du " progrès " et de la '' croissance ".

L'occident a prétention de s'ériger en juge de toutes les autres civilisations en considérant que la trajectoire qu'il a suivie est exemplaire , l'unique possible , et de décider , à partir de là , qu'un peuple , qu'une civilisation , qu'une science ou une technique sont " primitifs " , " sous-développés" , " retardataires " , selon le point où on les situe sur cette trajectoire , c'est-à-dire selon leur plus ou moins grande ressemblance avec nous.

Aux adeptes superstitieux de cette religion de la croissance et du progrès, il apparaît aberrant et " obscurantiste " de se poser la question : est-ce que l'Europe, puis l'occident, ne font pas fausse route depuis la " renaissance " (c'est-à-dire depuis la naissance simultanée du capitalisme et du colonialisme) où s'est développée cette idéologie de justification du capitalisme et du colonialisme, assignant aux sciences et aux techniques le seul but de nous " rendre maitres et possesseurs de la nature " , comme l'écrit Descartes dans son discours de la méthode , et non pas d'assurer l'épanouissement de l'homme de tout l'homme et de tout homme.

De tout l'homme, c'est-à-dire de l'homme dans toutes ses dimensions : y compris celle de nos rapports esthétiques avec la nature comme participation heureuse à sa vie et non pas comme simple réservoir de matières premières et comme dépotoir pour ses déchets ; celle de ses rapports avec les autres hommes qui ne soient pas des rapports de concurrence, d'affrontement, de domination, comme l'a définit Hobbes : " L'homme est un loup pour l'homme ". Cela a conduit à nos foules solitaires, sans but et sans amour ; celle de nos rapports avec la beauté, avec un avenir qui ne soit préfiguré par la " méga machine " qui nous broie dans ses rouages, mais qui soit une émergence poétique du radicalement nouveau. Cela, ni les sciences ni les techniques ne peuvent nous le donner.

L'épanouissement de tout homme, c'est aussi ce dont cette religion de la ''croissance" et du "progrès" dépouille l'immense majorité des hommes : dans les pays dits "développés" parce que cette croissance aggrave les inégalités et plus encore dans les pays dits "sous-développés" parce que la "croissance" de modèle occidental n'a été et n'est possible que par le pillage de leurs ressources matérielles et humaines. D'ailleurs, en réalité, il n'y a pas de pays "développés" et pays "sous-développés", mais des pays "dominants" et des pays "dominés", des pays "malades" et des pays "trompés". Les uns sont malades de leurs croissance ; les autres sont trompés par le mirage de cette même croissance suicidaire menée par leurs "élites" , formées en occident , à qui l'on est parvenu à faire croire leur avenir est dans le passé des pays malades et leur imitation.

Cette superstition archaïque et meurtrière du "scientisme", c'est-à-dire la croyance selon laquelle la science positive et les techniques correspondantes peuvent résoudre tous nos problèmes et qu'aucun problème humain n'existe en dehors de ceux qu'elles posent et résolvent, est paradoxalement appelée "modernité" dont le plus stupide et le plus suicidaire des slogans est "on n'arrête pas le progrès"

Il fallait des jours et des jours à Tamerlan pour égorger 70.000 personnes lors de la prise d'Ispahan et pour empiler leurs cranes en pyramide. A Hiroshima, on obtient le même résultat en quelques secondes. C'est un progrès scientifique et technique incontestable. Note monde dispose de l'équivalent d'un million de bombes d'Hiroshima (ce qui représente 5 tonnes d'explosifs classiques sur la tête de chaque habitant de la planète). C'est un autre progrès scientifique et technique incontestable. Et l'"on n'arrête pas le progrès!"

La révolution verte et ses semences miracles accroissent formidablement les récoltes de riz dans le sud-est asiatique … pendant cinq ans. Les techniques européennes de labours profonds imposées à certaines terres du tiers-monde enfouissent les trop minces couches d'humus. Des engrais chimiques voraces en énergie sont vendus par l'occident, et la partie du Tiers-monde sans pétrole, de plus en plus endetté, ne peut plus les acheter. Que l'occident améliore ses techniques de coupe de forets et perfectionne la monoculture, et c'est le déboisement des pentes d'Himalaya, les inondations de Bangladesh ou les famines du Sahel. Progrès scientifiques et techniques incontestables qui conduisent au chiffre record de 50 millions de morts de faim dans le tiers-monde en 1980. Ces chiffres seront dépasses : 85 millions dans cinq ans. " On n'arrête pas le progrès".

Quand donc prendra-t-on conscience que le "modèle de croissance" de l'occident est une anomalie, un phénomène historique pathologique ?

La science est démesure si elle n'a pas d'autres but qu'elle-même et si on la laisse proliférer au détriment de toutes les autres valeurs. Ce "développement" difforme , cette hypertrophie d'un savoir séparé de la vie , et cette atrophie de toutes les autres dimensions de l'homme : l'amour , la création esthétique , la méditation sur les fins de la vie, la simple aspiration à l'équilibre et l'harmonie dans nos rapports avec la nature et nos rapports humains , ne sauraient être considérés comme le modèle en fonction duquel on prétend étalonner le développement des autres civilisations , de leurs sciences et de leurs techniques.

On ne peut juger du "développement" des sciences et des techniques, dans une aire de civilisation déterminée, sans tenir compte des besoins à satisfaire et du programme culturel de cette société. Il ne suffit pas de se demander comment les réalisations des sciences et des techniques sont faites, mais pourquoi elles sont ainsi, à quelles fins elles sont destinées.

Ni la science chinoise, ni la science hindoue, ni la science islamique n'ont été conçues indépendamment de l'homme ; elle était à son service. Ce souci de la finalité humaine n'a jamais entravé leur épanouissement.

Si la science islamique n'a pas pris la même voie de développement que celle de l'occident depuis le XVIe siècle , ce n'est pas par je ne sais quelle insuffisance , mais par le refus musulman de traiter une branche quelconque de la science en la séparant de ce que l'islam considère comme le but et le sens de l'existence.

Les sciences de la chine, de l'inde, de la Mésopotamie, de l'islam ont connu de merveilleuses floraisons à une époque où l'Europe était ignorante ; depuis, elle est passée de l'ignorance barbare à une barbarie savante.

Il ne s'agit pas de nier ou de renier les apports de la civilisation grecque ou de celle de la chrétienté, ou de la renaissance, ou du XXe siècle occidental, mais de les ramener à leurs justes valeurs : dans la lente création de l'homme par l'homme, et surtout dans l'humanisation de l'homme, la contribution occidentale n'est ni la seule ni même la plus importante.

Tel est l'esprit dans lequel nous voudrions esquisser le bilan et les perspectives de la science islamique. Afin de n'y pas voir, comme trop souvent nos historiens l'ont fait , soit une simple transmission de la science grecque , iranienne , hindoue ou chinoise , soit un simple chainon de découvertes situés dans la préhistoire de la science "moderne" et qui n'ont d'intérêt (purement historique) que dans la mesure où elles auraient préparé notre science que nous appelons présomptueusement la science au lieu de l'appeler simplement la science occidentale.

Dans le cas particulier de la science islamique, il importe, pour la saisir dans sa spécificité et sa signification, de ne pas la séparer de ce qui lui assigne ses fins : la foi islamique, force vivante qui fut l'âme de cette science.

Le principe de l'unité (Tawhid), clef de voute de l'expérience islamique de Dieu, exclut la séparation entre la science et la foi. Tout , dans la nature , étant "signe" de la présence divine , la connaissance de la nature devient , comme le travail , une forme de prière , un accès à la proximité de Dieu.

Le Coran et les hadiths ne cessent d'exalter la recherche scientifique, encourageant même à apprendre auprès de ceux qui ne partagent pas la foi musulmane. C'est ce qui explique le rôle fécondant de l'islam et le renouveau scientifique qui se répandit partout grâce à son expansion territoriale.

" Celui qui abandonne son foyer pour se mettre en quète du savoir suit la voie de Dieu … L'encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr " dit le prophète


Dans les autres aires de civilisations, à l'époque de la naissance de l'islam, il existe au contraire un cloisonnage entre l'homme, la nature et Dieu …



Pages 73 , 74 , 75 , 76 ; roger garaudy ; Promesses de l'islam

Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
   Dans le droit romain , la propriété , c'est " le droit d'user et d'abuser " (jus utendi et abutendi). Ce principe directeur constitue le fondement du code napoléon et de tout le système économique bourgeois. Il confère au propriétaire un véritable " droit divin " : il peut détruire impunément ce qui est sa " propriété " , meme si , en agissant ainsi , il prive la société de biens indispensables à sa vie ; il peut accumuler sans limites des biens …

   Dès l'origine , la conception islamique est rigoureusement opposée à ce système. Relativisée par la référence transcendante, par la référence à dieu , la propriété n'est pas un droit de l'individu ( ni d'ailleurs d'un groupe ou état ) , mais une fonction sociale . le propriétaire quel qu'il soit, individu ou collectif , ou même étatique , doit rendre compte de sa propriété à la communauté ; il n'en est que le gérant responsable.

… Significatif est ce le coran ne cesse de maudire : "celui qui amasse des richesses et en fait le compte" (CIV,1) ; "celui qui est avare et se croit assez riche pour passer des autres" (XCIL,5) ; ceux "qui amassent et thésaurisent" (LXX,17) , et qui "aiment les richesses d'un amour sans bornes" LXXXIX,18. Néanmoins l'islam reconnaît le droit à la propriété personnelle acquise par le travail, l'héritage et le don. Mais le travail joue un rôle primordial.

… Le coran ne se contentait pas de condamner l'usure. dans les premiers temps de l'expansion de l'islam, la victoire militaire ne donnait pas le droit de s'emparer des terres, mais seulement de prélever un tribut (impôt) , c'est par dégradation de l'idéal primitif que s'instaura le système de propriétaires non résidents exploitant le travail des fermiers.

   En occident, le marché est essentiellement ( tel qu'il est conçu idéalement à l'époque du libéralisme) un plébiscite (vote) permanent par lequel s'expriment les besoins d'une société . Alors qu'à l'époque de décadence du système capitaliste , celle des monopoles , la filière est inversée et les producteurs les plus puissants créent des marchés pour écouler leurs marchandises . l'économie islamique, du moins en son principe , n'est pas compatible avec cette conception capitaliste , qu'elle soit libérale ou monopoliste. L'économie islamique n'est jamais neutre à l'égard des forces rivales. le marché est accepté, il doit satisfaire des besoins réels , et son fonctionnement doit respecter les normes de l'islam. Ce qui implique une équitable répartition des revenus, et un refus des monopoles qui empêchent les prix de refléter les couts réels. Le marché doit donc être subordonné, dans ses fins comme dans ses moyens, à un gouvernement orienté vers un but qui dépasse le marché et la société à l'intérieur de laquelle il fonctionne. Il ne s'agit pas seulement de controler la régularité des transactions ; dans la société musulmane ce sont les buts qui sont importants. Le marché n'est qu'un moyen pour atteindre ces buts. Le coran évoque les hommes que "ni le commerce ni le profit ne détournent de se souvenir de dieu , de la prières et du Zakat" (XXIV, 37) .

Le Zakat, un des piliers de l'islam … Dime (Taxe) prélevée non seulement sur le revenu mais sur le capital, elle permet d'effectuer des "transfert sociaux". Cette forme première de la sécurité sociale, qui ne fut conquise, en certains pays d'occident (comme la France) , qu'au milieu du XXème siècles , après une lutte de classe séculaire , était acquise en islam , comme une exigence de la foi , treize siècles plus tôt. Le président Nasser voyait dans le zakat , l'un des traits originaux de la construction islamique du socialisme.

Une autre innovation, spécifiquement musulmane , est l'instauration d'impôts indirects frappant les produits de luxe , de même que la création de monopole d'état et d'un système différencié de douanes pour tous les produits dont dépend la sécurité ou le bien-être de la communauté. Les principes de ce système existaient dans le droit public musulman dès le Xème siècle. Pour les avoir imités et introduits en Allemagne, Frédéric II de Hohenstaufen , empereur germanique et roi de Sicile , parlant la langue des arabes et grand admirateur de leur culture , en transportant cette législation en Europe , fut considéré comme le premier des hommes d'Etat moderne.

En résumé , l'économie découlant des principes de l'islam :

1 – est aux antipodes du modèle occidental de croissance dans lequel production et la consommation sont des fins en soi : produire et consommer de plus en plus , de plus en plus vite , n'importe quoi , utile , inutile , nuisible ou même mortel , sans tenir compte des finalités humaines. L'économie islamique, en son principe coranique , ne vise pas à la croissance mais à l'équilibre.

2 – ne peut s'identifier au capitalisme (de type américain par exemple) ni au collectivisme (de type soviétique par exemple). Elle a pour caractéristique fondamentale de ne pas obéir aux mécanismes aveugles d'une économie portant en elle ses propres fins , mais d'être ordonnée à des fins plus hautes , indivisiblement humaines et divines. Car l'homme n'est véritablement humain que par sa soumission au divin.


Pages 61 , 62 ,63 , 64 ; Promesses de l'islam ; Roger Garaudy
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
" Il n’est plus question de faire usage de l’arsenal militaire mais il est une autre stratégie pour conquérir les esprits, une sorte de néo-colonialisme culturel. Pire encore, c’est une arme qui se trouve mise en jeu, bien plus grave que les bombes nucléaires, c’est la peur. Nous sommes entrés dans l’ère de ce que j’avais appelé dans un récent entretien la « phobiecratie ». La hantise de l’insécurité est devenue pour les dirigeants une manière de gouverner, une façon de présider, comme bon leur semble aux destins des peuples.

Dans les pays catalogués dans le « tiers monde », les « Gouverneurs » gèrent leurs pays suivant l’humeur de la peur, la crainte d’un certain islamiste ou de quelque terroriste ou d’un autre mal qui vient ,du moment qu’il n’est plus un autre moyen plus adéquat à leurs yeux tels la justice, la démocratie, le développement en matière d’économie et de culture, de progrès civilisationnel ".
 

Extrait du livre de Mahdi elmandjra : " L'Humiliation "


Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
" L’idée de non-violence totale et définitive n’existe pas en islam. Souvent en met en évidence que la non-violence est un état de dépassement et de maîtrise de la violence. Cela peut etre vrai d’une manière générale ; pourtant il arrive, dans certains situations, que la non-violence devienne paradoxalement un acte de violence : certains, en refusant le conflit au nom de la non-violence, ont laissé s’instaurer des dictatures et des tyrannies. Certes, le refus du conflit doit primer mais jusqu’aux limites du possible, car cette non-violence peut, à un moment donné, prendre le sens d’une démission et la résistance peut alors devenir l’expression de la dignité. Au nom de la non-violence, on peut donc faire les choses les plus belles comme les plus lâches " 


Extrait du livre " De l'islam " , page 45 ; Pr.Tariq ramadan - Editions tawhid
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Qu'est-ce que l'anti-américanisme ?
ou
LES MYTHES FONDATEURS DE LA POLITIQUE AMERICAINE


Roger Garaudy
 




L'anti-américanisme n'est ni une forme de nationalisme ni de racisme ni d'aucune forme du refus de l'autre, d'un autre homme ou d'un autre peuple. Il est la lutte contre un système, contre une conception de l'homme et d'un mode de vie. Historiquement il est né dans un continent qui tente de l'imposer au monde par la puissance des oligarques politiques, financiers et militaires aujourd'hui à la tète des Etats-Unis. Ils ne peuvent d'ailleurs le faire qu'avec la complicité et la servilité des dirigeants d'un grand nombre de pays.

Pour être plus clair encore -pour ceux surtout qui voudraient confondre "anti-américanisme " et xénophobie- pour enlever au mot "américain ", qui désigne un mode de vie et une conception du monde, toute attache géographique ou ethnique avec ceux qui sont nées ou ont émigré en Amérique depuis 1620, avec le " Mayflover ", et qui y ont créé ce système à la fois colonial et racial (selon ses origines), dominateur et mercantile (selon son histoire), j'appelle "américain " tous ceux, dans le monde, qui veulent imposer au peuple ce "modèle ". Sa caractéristique principale est que la société toute entière est soumise aux exigences de l'économie et du marché et non l'économie et le marché au service de la société.

Madame THATCHER et TONY BLAIR, CHIRAC et JOSPIN ( " avec leur effacement de l'Etat devant le marché "), SCHROEDER, SOLANA et tant d'autres de leur "gang " sont aussi "américains " que CLINTON ou Madame ALBRIGHT, KISSINGER ou BREZEZINSKY.

Tel est le fondement de notre "anti-américanisme" : il est dirigé contre un système et ses dirigeants, et combat pour en libérer le peuple américain dans son immense majorité qui est, comme nous, victime du même "système ".

L'américanisme nous avons donc à le combattre partout, et parfois même jusqu'au dedans de nous-mêmes. Car ce système, comme nous le montrerons, s'il triomphait universellement, nous conduirait à un suicide planétaire et à un effacement de l'homme, c'est à dire de la recherche du sens humain et divin de notre vie et de notre commune histoire.

Cet américanisme ne porte pas ce nom parce qu'il serait la tare propre d'un peuple ou d'une nation mais parce que le complexe militaro-industriel qui dirige sa politique aux Etats-Unis détient aujourd'hui, grâce à deux guerres mondiales, la plus grande richesse et la plus grande puissance.

Notre analyse aura pour objet d'en retracer la genèse, les étapes de son développement, et son étape actuelle qui, à travers les convulsions d'un monde cassé, nous conduirait à l'abîme si nous ne découvrions pas, comme nous l'essayerons, les moyens d'en stopper les dérives.


Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
" L'homme, dans nos sociétés occidentales depuis la renaissance est voué à la solitude, à l'isolement à l'égard des autres hommes, par un individualisme qui n'a cessé de s'exaspérer, de l'age des "conquistadores" à la décadence ultime des "foules solitaires", par l'extension des concurrences sauvages de l'économie du marché, l'écrasement des plus démunis par les moins scrupuleux, les techniques de la convoitise dont l'expression la plus brutale se trouve dans la publicité et le "marketing", greffant des besoins artificiels, comme de véritables prothèses du désir égoïste. Ce système engendre nécessairement la violence, notamment chez les jeunes, frustrés d'objets qu'on leur apprend à désirer et que les plus favorisés, les héritiers de la richesse ou du savoir, s'approprient par la spéculation ou la fraude ...  

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen proclamait que "ma liberté s'arrête là où commence la liberté d'autrui". La liberté de l'autre est donc considérée comme la limite, et non pas comme la condition de ma propre liberté. La liberté est ainsi un cas particulier de la propriété "cadastrée" comme elle. Un tel individualisme prépare nécessairement la guerre de tous contre tous, jusqu'au moment où, par sa propre logique, il se transforme en son contraire. Le totalitarisme : un individu, identifié avec un groupe victorieux et en devenant le symbole, en métamorphose tous les autres en serviteurs de la "totalité" mythique de l'Etat, du parti, de la nation ou de la classe.
Nos sociétés occidentales (et celles qui dans le tiers-monde ont été façonnées à leur image ou qui les imitent) ne cessent d'osciller, depuis quatre siècles, entre un individualisme de jungle et un totalitarisme de termitière.

Le christianisme, dans sa visée fondamentale et première, portait en lui le contrepoison de cet individualisme, par sa conception trinitaire de la personne, selon laquelle mon centre n'est pas en moi-même mais en l'autre et dans le tout autre. Mais, ayant accueilli dans une large mesure dans les perversions grecques du dualisme, jusqu'à interpréter , dans un esprit de résignation, l'opposition de dieu et de césar ( qui était, en son principe, une contestation radicale des prétentions totalitaires de césar) comme un dualisme de la foi et de la politique , il laissait à césar, depuis Constantin, plein pouvoir sur la vie politique et sociale, l'aidant même dans sa tache , car , par ce dualisme frileux, il faisait de la foi une affaire privée, n'ayant plus prise sur l'organisation de la cité. La politique est ainsi devenue autonome, portant en soi ses propres fins, sans rapport avec l'homme ni avec le divin.

L'islam, en refusant les faux dualismes de la politique et de la foi, en nous empêchant de confondre les rapports entre la politique et la foi (qui sont des rapports entre deux dimensions de l'homme) avec les rapports entre l'église et l'état (qui sont des rapports entre deux institutions historiques), en liant indissolublement transcendance et communauté, peut nous aider à revivifier le christianisme lui-même et à surmonter la crise de désintégration du tissu social ."


Pages 56,57 ; promesses de l'islam ; Roger Garaudy
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
TinyPic image" Le deuxième trait de l'islam, qui explique sa rapide pénétration c'est son ouverture et sa tolérance. Le coran commandait déjà de respecter et protéger les "gens du livre" (c'est-à-dire la Bible), juifs et chrétiens, héritiers eux aussi de la foi d'Abraham (Ibrahim) qui était la référence commune. Cette tolérance s'étendit d'ailleurs aux zoroastriens de perse et aux hindous, si bien que, lorsque s'instaura en perse la domination arabe, seul un très petit nombre de zoroastriens émigrèrent en inde où leurs descendants constituent aujourd'hui encore, les communautés " parsies". Seuls les polythéistes furent systématiquement combattus.

L'acceptation de ceux des juifs, et plus encore des chrétiens, qui refusaient de se convertir à l'islam, et la confiance en eux étaient telles qu'ils pouvaient accéder aux plus hautes fonctions de l'état : le grand-père de saint Jean Damascène, Ibn Sarjoun, fut le premier ministre du calife omeyyade de Damas, et à saint Jean Dalascène lui-même fut confié par le calife la direction de l'administration financière de abbassides de Bagdad : lorsque le calife al mamoun créa, en 832, la " Maison de la sagesse " , avec son université et son observatoire , il confia la direction de ce centre de la culture de son empire à un médecin chrétien nestorien , Hunayn ibn ishaq.

Cette attitude nous permet de rétablir, dans son vrai sens et sa vraie perspective, le djihad.

Il est de tradition, chez les occidentaux, de traduire djihad par " guerre sainte" , c'est-à-dire guerre entreprise pour la propagation de l'islam. Le rédacteur de l'article " Djihad" dans l'encyclopédie de l'islam, l'orientaliste D.B.Macdonald, commence par affirmer "l'expansion de l'islam par les armes est un devoir religieux pour tous les musulmans"

Or, Djihad ne signifie pas "guerre" ( il existe un autre mort pour cela : harb) mais " Effort" sur le chemin de dieu. Le coran est parfaitement explicite " pas de contradiction en matière de religion " (Al Baqara – 256)

Tous les textes que l'on a invoqués pour faire de l'islam un épouvantail, une "religion de l'épée", ont été invariablement séparés de leur contexte. On a ,par exemple, appelé "verset de l'épée" le verset 5 de la surate 9 en en détachant " tuez les polythéistes partout où vous les trouverez" du verset précédent qui précise qu'il s'agit de combattre ceux qui ayant conclu un pacte l'ont ensuite violé, ou ceux qui prétendent empêcher les musulmans de professer et de pratiquer leur foi.

En un mot, si la guerre n'est pas exclue, elle n'est pas acceptée que pour la défense de la foi lorsque celle-ci est menacée, et non pas pour la propagation de la foi par les armes.
La guerre ne justifie, selon le coran, que lorsqu'on est victime d'une agression ou d'une transgression, actes que les musulmans eux-mêmes s'interdisent formellement s'ils obéissent au corna :

" Combattez dans le chemin de dieu ceux qui luttent contre vous. Ne soyez pas transgresseurs ; dieu n'aime pas les transgresseurs "

(Al baqara, 190)


La lutte armée pour celui qui pratique le djihad (le mudjahid) n'est que l'aspect second du djihad. Un hadith célèbre distingue le "petit djihad", c'est-à-dire la défense de la foi par la force contre un ennemi extérieur qui la menace ou la persécute, et le "grand djihad" qui est le combat intérieur pour vaincre notre égoïsme, maîtriser nos instincts et nos passions, pour laisser toute la place à la volonté de dieu.
Le grand djihad est une lutte contre soi, contre les tendances qui tirent l'homme loin de son centre, ce qui, en l'entraînant vers des désires partiels, le conduit à se faire des " idoles" et, par conséquent, l'empêche de reconnaître l'unité de dieu. Cette "idolâtrie" est plus difficile encore à vaincre que celle des idolâtres de l'extérieur.

Il y a là, aujourd'hui encore, une grande leçon pour beaucoup de "révolutionnaires" qui prétendent tout changer, sauf eux-mêmes, comme autrefois tant de "croisé" qui, à Jérusalem, dans l'Espagne de la "reconquista", ou contre les indiens d'Amérique voulaient imposer aux autres un christianisme qu'ils bafouaient en chacun de leurs actes

Séparer la vie extérieur de la vie intérieure, c'est se condamner à ne propager, sous le nom de christianisme ou de socialisme, que des idolâtries sanglantes.

Ali Shari'ati, l'un des inspirateurs de la résistance à l'oppression en Iran, écrivait en 1972 que le martyre n'est pas une dimension de l'islam, mais son essence même, unissant indivisiblement la résistance à l'ennemi extérieur de la foi, et la lutte intérieure contre les plus animales vibrations, en nous, de l'égoïsme et de la peur.

En essayant ainsi de rendre compte des raisons profondes de l'expansion musulmane, et en même temps de dégager la notion de djihad de ce qu'ont accumulé contre elle des siècles de fanatisme anti-islamiques, de colonialisme et de préjugés racistes, nous ne voulons pas idéaliser l'islam historique, mais simplement rappeler qu'en son principe même il exclut la croisade et l'inquisition, tout comme le christianisme l'exclut en son principe même, bien que ce soient des chrétiens, leurs rois très chrétiens, leurs clergés et leurs papes, qui en aient accompli les forfaits, du sac de Constantinople et des massacres de Jérusalem aux bûchers de Torquemada en Espagne, et au génocide des indiens d'Amérique. "
 

Pages 39 , 40 , 41 et 42 ; promesses de l'islam ; Roger Garaudy
Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

 " L'expansion de l'islam ne saurait donc etre expliquée seulement par des causes extérieurs telles que l'incontestable affaiblissement, voire la désintégration, des empires vaincus (empire romain d'orient, empire de la perse sassanide, empire wisigoth d'Espagne) et moins encore par des causes uniquement militaires.

…. Mais les raisons profondes de cette expansion fulgurante qui, au lendemain de la mort du prophète, en douze années, de 633 à 645, permirent d'assurer la suprématie arabe en Palestine, en Syrie, en Mésopotamie comme en Egypte (cette première vague ne s'arrêtant que devant des obstacles naturels : les chaînes de montagnes du Taurus en Asie mineur, et celles de l'Iran oriental, et, à l'ouest, les déserts de cyrénaïque et de Nubie), furent des raisons internes, liées à l'essence même de l'islam.

D'abord l'affirmation radicale de la transcendance de Dieu, en relativisant tous les pouvoirs, postulait, comme nous l'avons vu, une égalité de principe entre tous, et devenait donc un ferment de libération de toutes les oppressions politiques, économiques ou religieuses. Elle donnait un visage à l'espérance de tous les opprimés.

C'est ce qui explique pourquoi une seule victoire militaire sur chacun des despotes régnants (Héraclius en 636 pour l'empire romain d'orient, Yezdégérd … en 637 pour l'empire sassanide perse; où plus tard, en 711, celle de la poignée de guerriers de Tarik qui triompha du roi Wisigoth Rodéric sur le Rio Barbate en Espagne) fait s'effondrer des empires, comme l'empire wisigoth d'Espagne ou l'empire perse , ou livre aux arabes les plus riches provinces de l'empire romain d'Orient (la Syrie, l'egypte et, peu après, toute l'Afrique du nord)

Dans chaque cas, après la défaite de la caste dominante détestée du peuple, les Arabes sont accueillis en libérateurs par ceux qui étaient victimes d'une oppression sociale ou politique ou d'une persécution religieuse.

Pour les chrétiens monophysites, persécutés comme hérétiques par l'empire romain d'Orient, comme pour les chrétiens nestoriens de perse, comme pour les tribus berbères, comme pour les juifs ou les chrétiens ariens ou priscilliens d'Espagne harcelés par un clergé fanatique, comme pour les paysans coptes d'Espagne soumis aux exactions des grands propriétaires terriens de Byzance, la victoire des arabes sur leurs maîtres et oppresseurs fut une délivrance. D'autant plus que leurs " hérésies " , nées pour la plupart des interprétations hellénisantes de la trinité, leurs rendaient aisément convaincante la conception islamique de dieu et de son unité (Tawhid). La sourate 112 du coran dit :

" Lui, dieu est un !
Dieu l'mpénétrable !
Il n'engendre pas ;
Il n'est pas engendré ;
Nul n'est égal à lui … !! "



Monseigneur Duchesne, dans ses études sur la situation de l'église au VI ième siècle en Syrie, cite Michel le Syrien " Le dieu des vengeances ….. Voyant la méchanceté des romains qui, partout où il dominaient, pillaient cruellement nos églises et nos monastères et nous condamnaient sans pitié, amena du Sud les fils d'Ismail pour nous délivrer d'eux …… ce ne fut pas un léger avantage, pour nous, d'être délivrés de la cruauté des Romains, de leur méchanceté et de leur colère, de leur cruelle jalousie, et de nous trouver un repos."

A l'autre pole de la méditerranée, en Espagne; il s'agira aussi d'une libération à la fois sociale et religieuse. Ignacio Olague a montré combien il est invraisemblable que l'Espagne ait été militairement conquise par une invasion massive des habitants du Hedjaz " comment une poignée de nomades, venus du fond de l'arabie, auraient-ils pu imposer leur langue et la loi de l'islam aux quinze millions d'habitants vivant sur les six cent mille kilomètres carrés de la péninsule ibérique ? * " * : Ignacio Olague , les arabes n'ont jamais envahi l'Espagne, paris, Flammarion, 1960, p 280


… l'orientaliste Rainhart Dozy , dans son histoire des musulmans d'Espagne ( Tome 2, page 43) écrivait :  " la conquête arabe fut un bien pour l'Espagne : elle produisait une importante révolution sociale, elle fit disparaître une grande partie des maux sous lesquels le pays gémissait depuis des siècles ….. les arabes gouvernaient selon la méthode suivante : les impôts étaient tout à fait réduits par rapport à ceux des gouvernements précédents. Les Arabes enlevèrent aux riches la terre qui, partagée en immenses domaines de la chevalerie, était cultivée par des fermiers serfs ou des esclaves mécontents, et la répartirent également entre ceux qui travaillaient le sol. Les nouveaux propriétaires la travaillèrent, pleins de zèle, et on obtinrent de meilleures récoltes. Le commerce fut libéré des limitations et des lourdes taxes qui l'écrasaient et se développa notablement. Le coran autorisait les esclaves à se racheter moyennement un dédommagement équitable, et cela mit en jeu de nouvelles énergies. Toutes ces mesures provoquèrent un état de bien-être général qui fut la cause du bon accueil fait au début de la domination arabe."

L'expansion de l'islam ne prit pas, le plus souvent la forme d'une invasion, moins encore d'une colonisation. Blasco Ibanez le proclame dans A l'ombre de la cathédrale
" L'Espagne, esclave de rois théologiens et d'évêques belliqueux, recevait à bras ouverts ses envahisseurs …… en deux années les Arabes s'emparèrent de ce que l'ont mit sept siècles à leur reprendre. Ce n'était pas une invasion qui s'imposait par les armes, c'était une société nouvelle qui poussait de tous cotés ses vigoureuses racines.
Le principe de la liberté de conscience, pierre angulaire sur laquelle repose la vraie grandeur des nations, leur était cher. Dans les villes où ils étaient les maîtres, ils acceptaient l'église du chrétien et la synagogue du juif."


Si l'on cherchait à exprimer le caractère de cette expansion dans le vocabulaire de la politique contemporaine, on pourrait parler d'une " crise révolutionnaire ",c'est-à-dire d'une mutation sociale née du renversement d'un système social périmé, allant au-devant des aspirations populaires et en libérant des possibilités nouvelles (grace notement à une reforme agraire). Dans une telle guerre, l'arme principale n'est pas militaire, mais économique, politique et sociale, et porteuse d'une forme nouvelle de culture. Dans le cas de l'islam, je le répète, indivisiblement, une foi nouvelle et une nouvelle communauté
 "


page 35 , 36 , 37 , 38 , 39 ; chapitre 1; promesses de l'islam ; Roger Garaudy

Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

TinyPic image" Lorsque les vagues d'invasions des nomades des steppes submergèrent les grandes civilisations des deltas (celle de l'Houang-Ho, de l'Indus, de la Mésopotamie, de L'Egypte), la victoire ne vint pas d'une supériorité de culture , mais d'une supériorité militaire : celle du cavalier sur le fantassin , celle de l'épée de fer sur l'épée de bronze .
Rome ne domina pas la Grèce et ne fonda pas son empire par le raffinement de sa culture, mais par la lourdeur de ses armes. Les Huns, les Mongols, les Tartares, qui, avec Attila, dévastèrent l'Europe entière jusqu'à la gaule, ceux qui, avec Gengis Khan, bâtirent le plus vaste des empires en détruisant les civilisations de la chine de Khorezme et de la perse entière, de l'inde, ceux qui avec Tamerlan régnèrent sans merci de la chine à la Volga, de Delhi à Bagdad, aucun de ces " bâtisseurs d'empires " n'apportait un message civilisateur riche d'avenir.

Nos historiens ont justement appelé ces cyclones des " invasions barbares". Mais également, ils changent de vocabulaire lorsque ces invasions sont le fait des Européens. Ce ne sont plus de grandes "invasions" mais de grandes "découvertes". Et, pourtant, que sont les pyramides de 70 000 crânes érigés par Tamerlan après la prise d'Ispahan auprès du génocide de millions d'indiens d'Amérique par les "conquérants" européens disposant du canon, auprès de la dévastation de l'Afrique par la déportation de 10 à 20 millions de noirs ( ce qui , avec dix tués pour un captif, représente de 100 à 200 millions de victimes) , auprès de l'assassinat de l'Asie, de la guerre de l'opium aux famines tuant les Indiens par millions à causes des régimes de propriété et de taxations qui leur étaient imposés, de la bombe d'Hiroshima à la guerre du Viêtnam ?

Quel nom, Aujourd'hui, donner à cette forme d'hégémonie mondiale de l'occident qui dépense 450 milliards de dollars en armements en 1980, et qui fait mourir la même année, par le jeu des échanges inégaux, 50 millions d'êtres humains dans le tiers-monde ?

Dans la perspective des millénaires, l'occident est le plus grave criminel de l'histoire.

Aujourd'hui, en raison de sa domination sans partage, économique, politique, militaire, il impose au monde entier son modèle de croissance qui conduit à un suicide planétaire à la fois parce qu'il engendre des inégalités croissantes, enlève toute perspective aux plus démunis et fait mûrir les révoltes de désespoir, au moment même où il a placé l'équivalent de 5 tonnes d'explosifs sur la tête de chaque habitant de la planète.

Il est temps de prendre conscience que ce mode de croissance de l'occident, qui nous conduit à des vies sans but et à la mort, tente de se justifier par un modèle de culture et d'idéologie qui porte en lui ces germes de mort :

- Une conception aberrante de la nature, considérée comme notre " propriété " dont nous aurions le droit " d'user et d'abuser " (comme le droit romain définit cette propriété), jusqu'à n'y voir plus qu'un réservoir de richesses naturelles et un dépotoir, pour nos déchets. Dans cette voie, par l'épuisement inconscient des ressources et par la pollution, nous détruisons notre propre milieu vital et nous devenons des collaborateurs inconscients de la loi de l' "entropie", celle de la dégradation de l'énergie et de la croissance du désordre

- Une conception impitoyable des rapports humains, fondée sur un individualisme sans frein, et qui n'engendre que des sociétés de concurrence de marché, d'affrontements, de violence, où quelques unités économiques ou politiques, aveugles et toutes-puissantes, asservissent ou dévorent les plus faibles ;

- Une conception désespérante de l'avenir, qui ne serait que le prolongement et la croissance quantitative du présent, sans but humain ni rupture divine, sans rien qui transcende cet horizon pour donner un sens à nos vies et nous détourner du chemin de la mort

… Le dialogue des civilisations est devenu une nécessité urgente et irrécusable. Une question de survie. La cote d'alerte est atteinte, peut être déjà franchie … "


Page 20 , 21 ; Chapitre 1 ; les promesses de l'islam ; Roger garaudy

Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Qu'est ce que le mot '' Térrorisme '' ? Le mot a été utilisé la première fois ( au sens de terreur ) dans les années 1790 après la revolution francaise , à la fin de la période de robespierre . il y a eu ce que l'on appelé les années de terreur ... il n'a été repris dans le sens lequel on l'utilise aujourd'hui que dans les années 1920 lors des évènements des balkans ou la '' terreur '' et l'assasinat furent utilisés à des fins politiques . Le terrorisme est donc un concept assez récent en sciences politiques .

Par ailleurs , si j'utilise le mot '' Terrorisme '' et si j'accepte sans discussion ce que les américains mettent dans ce mot je vous ai déja terrorisé sémantiquement . c'est dire qu'il y a aujourdhui un terrorisme sémantique qui est fort médiatique . Dans ma génération , le mot térrorisme a été utilisé par les colonialistes , notament au maroc et en algérie contre ceux qui défendaient la libérté . Et quand on me disait " Terroriste '' c'était un compliment car cela voulait dire ce que l'on défendait la libérté , que l'on combattait l'impérialisme , l'injustive et les inégalités .

il est certain qu'il faut aujourd'hui combattre la violence , mais il faut surtout en combattre ses origines , et je fais allusion ici aux conditions dans lesquelles vivent les réfugiés palestiniens depuis 40 ans par exemple . le terrorisme dans le sens global n'existe donc pas . il existe une violence et plus sérieux encore le '' Térorrisme d'état ''

Page 37

------------------------------------------------------------------------

Si on compare la fréquence du mot '' térrorisme '' dans les moyens d'information durant les cinq années qui précèdent ce qui est arrivé à New York en septembre 2001 et le flux du terme jurqu'a nos jours , on sera non seulement surpris mais stupéfait . Nous vivons désormais sous le joug d'un nouveau '' Terrorisme '' , c'est le terrorisme médiatique. on parle à chaque instant du térrorisme . et c'est voulu et meme prémédité , c'est une sorte de harcelement dont on fait usage pour torturer les prisonniers !

Si le post-colonialisme visait à un certain moment la politique et l'économie des Etats du tiers-monde , il est actuellement centré sur les valeurs culturo-religieuses . et dès lors , il s'avère que les Etats qui soutiennent le conolialisme sont les premiers complices dans sa guerre contre l'islam en tant que valeurs et civilisation .

On a remarqué une situation assez grave pendant les frappes contre l'afghanistan , les etats islamiques ont marqué un silence complice vis-à-vis de ce qui est arrivé aux innocents qui ont fait les frais de la guerre dans ce pays , sachant qu'il n'ya pas de difference à faire sur le plan humain entre ces derniers et les innocents de wall-street "

Page 71

Livre : Humiliation à l'ère du méga-impérialisme ( Mahdi Elmenjra )

Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Extrait du Livre : ( L'humiliation à l'ère du méga-impérialisme )

" Les Grandes puissances, avec les Etats-Unis d’Amérique en tête, humilient les pays du Tiers-monde et leurs dirigeants qui s’y prêtent sans trop d’objections avant d’humilier, à leur tour, leurs propres populations. Celles-ci subissent donc une double humiliation à laquelle s’ajoute une troisième – l’auto-humiliation quand l’on s’abstient de réagir. On est en droit de parler d’ « humiliocratie », c’est-à-dire d’un système politico-culturel qui exploite les inégalités des rapports de force à la fois externes et internes.
L’humiliation émane d’une volonté consciente d’agresser la dignité des autres et pas simplement de dominer. C’est une des denrées la plus mondialisée, de nos jours, par ceux qui la génèrent et l’entretiennent. C’est aussi celle qui suscite de moins en moins d’indignation des gouvernants, des peuples humiliés eux-mêmes ou de l’opinion publique internationale "

mahdi Elmendjra

Par Aymane
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés