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http://i56.tinypic.com/28s5u9t.jpgIl  y a beaucoup de gens qui considèrent les critiques des marocains de nationalité ou d’origine qui résident à l’étranger comme hautaines, ne retraçant pas la réalité du pays, et remplies de fausses leçons sur la démocratie et les droits de l’homme dont ils jouissent dans leurs pays d’immigration ou de naissance. Une autre tranche trouve que la lâcheté de certains immigrants fait qu’ils se permettent d’ « insulter » le Maroc parce qu’ils n’ont rien à craindre maintenant, et qu’il fallait le faire quand ils étaient parmi leurs concitoyens. Il y a une toute autre catégorie qui juge qu’ils sont entrain de goûter aux plaisirs du paradis terrestre et que le pays ne représente rien pour eux … une station balnéaire peut-être. 

Cette population « 3,5 millions » se retrouve donc encerclée par des préjugés et elle est fortement jugée quand elle veut participer à la démarche réformatrice et au vent du changement que vit le Maroc en ces instants. J’ai été traité de carriériste parce que je suis sensé être au Maroc actuellement – comme si le fait de manifester dans les rues est plus important que d’aller à la quête de la science rarissime dans le pays - , de lâche parce que ma critique émane d’une certaine liberté d’expression que je ne trouve pas au Maroc – comme si j’ai déjà brulé mon passeport vert quand le rouge m’a été attribué - , parfois de provocateur qui ne veut pas le bien du pays où tout va bien et où on n’a pas besoin de faire couler beaucoup d’encre ni de crier haut et fort pour dire que les choses doivent absolument et immédiatement changer – comme si on est entrain de vivre dans la citée vertueuse d’Alfarabi. 


Avant d’entamer ce très long article, qui sera le seul au sujet de la révolte au Maroc, j’aimerais bien éclaircir brièvement quelques points sur ce qu’un résident à l’étranger peut offrir à son pays, en citant la Belgique comme exemple, et en décrivant l’attente et l’espoir de ces centaines de milliers de marocains de voir leurs pays évoluer dans le bon sens.

Le Royaume de la Belgique compte la 4ème communauté des marocains résidents à l’étranger (environ 320.000) après la France, l’Espagne et l’Italie. C’est la 1ère agglomération des MRE vu la petite taille de pays, 1ère communauté étrangère en Belgique qui s’assemble préférentiellement à Bruxelles, plus visiblement au quartier où j’habite « Molenbeek Saint-Jean » qui donne du charme et de l’ambiance à la capitale de l’Europe. Là on ressent que l’on vit au rythme du Maroc, que l’on sourit aux réalisations du Maroc et que l’ont pleure aux souffrances du Maroc. Pratiquement tous les discours du vendredi ont porté sur ce que vivent les pays du Maghreb depuis janvier et tout le monde se documente pour suivre les nouvelles et discute l’avenir du pays. 

Cette diaspora marocaine dont la contribution au PIB national est de 5 à 6 % « sous forme de transfert d’argent », en plus de son rôle économique majeur, se trouve entrain de colle mater les problèmes du chômage et de la pauvreté en cherchant des contrats de travail pour les membres de la famille « en priorité », faire des regroupements familiaux, et finance à distance des petits projets au moins chanceux de son entourage. Elle subventionne des actions sociales et lance des projets locaux en vue d’un éventuel retour définitif au pays. Il serait donc moins judicieux de demander à cette population de se la fermer alors qu’elle fait marcher la roulette économique du pays et lui offre les premiers soins de ses profondes blessures en attendant le grand remède. 

Cette diaspora peut proposer aussi des alternatives au mode de gouvernance politique puisqu’il y en a pas mal qui vivent aussi dans des monarchies « Canada, Espagne, Belgique, Hollande, Danemark, Suède, Norvège, Royaume-Uni … » qui ne correspondent certainement pas à notre contexte arabo-musulman où jamais un roi n’a joué un rôle symbolique « sauf sous le protectorat colonial », mais nous apprenne que les choses peuvent magnifiquement bien marcher même si le roi ne joue pas un rôle central et exclusif dans la gestion de tout le royaume. 

Le moment opportun est venu pour catégoriser le Maroc – qu’on essaye de nous inculquer son exceptionnalité - dans la scène politique maghrébino arabe en pleine révolution (après que les tensions du 20 février se sont relativement apaisées, après que le Roi a fait son discours et avant que la manifestation du 20 mars soit organisée) … après que les événements libérateurs qui ont expulsé jusqu'à maintenant le policier septuagénaire - dominé par sa femme - de la Tunisie et le pharaon octogénaire – dominé par l’oncle Sam – de l’Egypte … ce vent bienfaiteur qui est entrain de mettre sur la chaise électrique le taré de la Libye, et qui s’apprête à emporter loin de Sanaa et de Aden le raté du Yémen. Au moment où Alger, Bagdad, Damas, Aman et Manama condamnent la corruption et exigent le changement de leurs gouvernements. 

C’est le moment de nous élever à un niveau de réflexion qui discute les idées et non les personnes. Discuter la monarchie et non le monarque. Comprendre l’autre, ses besoins, ses revendications et lui donner le droit de proclamer ses droits avant qu’on le mette dans le tiroir des « traitres », « ennemis du pays », « agitateurs », « agents » ou de simple « jeunes délinquants ». 

Honnêtement, la radicalité des positions que j’ai constaté sur Facebook ou Youtube en réponse à l’appel à la manifestation du 20 février avec tous les montages à deux balles montrant le roi distribuer des donations aux citoyens ou les saluant sur un fond musical patriotique ou alors ces groupes créés incitant les gens de regagner leurs maisons le jour « j » m’ont dévoilés deux choses : l’immaturité intellectuelle et la peur du changement. Le caméléonisme qui a suivit le discours du roi, convertissant la radicalité citée en une croyance inébranlable en un changement nécessaire dans cette période critique m’a confirmé ma thèse, en lui ajoutant l’hypocrisie sociale des reconvertis. 

Je n’ai pas voulu me prononcer à propos de ce qui se passe au pays avant que je ne le visite, et que je vois de près les manifestations, et que je discute profondément avec ceux qui constituent l’espoir du pays : la jeunesse engagée et courageuse. 

Après cette visite où j’ai pu échanger beaucoup de points de vues avec des personnes d’idéologies différentes ainsi qu’une mise à jour des événements depuis l’immolation de Bouazizi jusqu'à aujourd’hui auprès de ceux qui l’ont vécu d’ici (discours du roi inclus). Deux choses m’ont redonné confiance en un Maroc meilleur : l’ébauche d’un éveil politique parmi les jeunes et conscience du changement de la part du roi. 

L’immaturité parce que, comme l’enfant qui commence à pleurer au supermarché quand il s’aperçoit que sa maman n’est plus là – il s’avère juste qu’elle est courbée pour voir les prix des produits les moins chers en bas –, les émotionnels et ceux qui n’ont pas pu compléter leurs développement intellectuel en passant de la « personne » à « l’idée », à cause de tout un processus d’abrutissement qui divise les stars et personnifie l’autorité, mais aussi à cet aura que les médias officiels ont créé autour du roi jusqu'à l’établissement d’un véritable culte de la personnalité, ont commencer à tirer dans tous les sens et défendre sans preuves à l’appui l’image du roi quand on leurs a proposé un autre modèle de la monarchie. Une autre image, étrange à leur culture. Une image qui responsabilise les partis et valide le choix des citoyens. Une image qui garantit l’identité du pays en étant une monarchie admettant la divergence idéologique, multiraciale acceptant la diversité culturelle. Une image homogène où la couleur de l’argent ne camoufle pas le vrai rôle du roi dans l’arbitrage et l’orientation de la politique, ni son rôle suprême dans la sûreté nationale ou la défense militaire. Une image qui respecte la vie économique du pays en nationalisant ce qui est à la nation et en se suffisant de ce qui est naturellement au roi. 

L’immature a cru depuis très longtemps que c’est cette personne qui agit à sa place, elle pense à sa place, elle le protège, elle lui trace le chemin et que lui, il n’a qu’à être un bon citoyen, c'est-à-dire payer les impôts, voter « oui » ou « non » - selon ce que le porte-parole va dire - et consommer. On a tous vécu la mort de Hassan II comme une Tragédie, il y en a qui s’est évanoui, qui se sont suicidé, d’autres qui n’ont pas cru à sa mort, et des millions qui ont pleuré parce que la maman n’est plus là. On s’est retrouvé seuls au supermarché. La même chose c’est reproduite quand la contagion de la révolution a effleuré notre pays, même si ce n’est pas le même contexte. Les immatures ont commencé à pleurer stupidement en extrapolant le départ de Ben Ali et Moubarak à une éventuelle atteinte à la monarchie. 

La réaction allergique vis-à-vis d’une révolte pour réformer le régime marocain a mis le roi avec ses 11 années, descendant d’une monarchie de 450 ans de règne au même pied d’égalité avec Ben Ali « 23 ans à garder les trésors de la reine de Carthage» ou Moubarak « 30 ans au pouvoir dans une république pharaonique » et Zanga Zanga « 41 ans au pouvoir dans une je-ne-sais-pas-comment-ça-s’appelle ». Le dérèglement m’a paru encore plus étonnant quand on a commencé à multiplier le Boycott de la manifestation et la diabolisation des organisateurs alors que la plupart des revendications est plus qu’élémentaire et ne visant en aucun cas la personne du Roi que les hystériques mettent comme photo du profil dans un geste insensé et bas … ma seule reproche à ce mouvement, c’est qu’il a pu été infiltré par plusieurs membres de la gauche radicale qui veut ôter le caractère islamique et authentique du royaume – on verra ça plus tard. 

Les gens ont eu peur du changement parce qu’on leur a inculqué que cela s’associe toujours avec la violence et peut engendrer l’instabilité. Cette fameuse stabilité qui est réelle dans la mesure où elle permet la cohabitation des races, ethnies et idéologies sans guerres civiles mais assure aussi le pillage chronique du pays par l’oligarchie gouvernante avec le consentement du troupeau qui s’est habitué à brouter les miettes en gardant le silence.

Le Changement du mode de gouvernance ne veut pas dire la permutation du souverain, personnellement, j’ai peur qu’on se transforme en un laïcisme radical à la tunisienne ou un régime militaire à l’égyptienne ou à une Etat-fédération à l’irakienne ou à une république insensée à l’algérienne. Pour ces raisons, j’ai dit et je le redis, Mohamed VI est bel et bien l’homme convenable pour régner sur le Maroc actuellement. Mais un changement profond et courageux doit avoir lieu, à part ce que le roi a proposé dans son discours. Un changement qui touche la source des problèmes du Maroc et des pays en voie de développement. Un changement qui fait face à l’établissement de l’hégémonie économique et néolibérale – qui n’a pas été évoquée - qui peut subtilement et facilement manipuler n’importe quel premier ministre, n’importe quel juge et n’importe quel comité régional.

C’est vrai qu’on a hâte de se sentir comme les autres pays qui vivent un suspense lors des élections parlementaires parce que le premier ministre ne va pas être un technocrate royaliste. C’est vrai qu’on veut que les autres régions du royaume se sentent indépendants et autonomes. C’est vrai qu’on est assoiffé de voir des grosses têtes entrain de rendre des comptes parce que la justice est va devenir crédible. Mais on est aussi impatient plus que jamais de voir une renaissance de la classe moyenne qui tend à se dissoudre parce qu’elle subit en permanence le tourment de la vie coûteuse, une classe qui en quittant sa maison le matin, n'espère que payer la multitude de crédits, de charges et de besoins élémentaires pour garantir la survie de sa famille. On est impatient de voir une distribution équitable de nos ressources – ne citant que le phosphate et la pêche maritime à titre d’exemple - monopolisés par la dite oligarchie au pouvoir pour la réduction de la faille qui s’élargit de jour en jour entre la minorité bourgeoise et le commun des marocains. On est impatient – c’est le moment d’ailleurs – de voir le roi se retirer progressivement de la vie économique du pays et de retirer tout ces dinosaures qui s’accaparent les richesses du pays et nous rendent la vie étouffante et nous laisser jouir d’une vie digne dans un Maroc libre. Le politique ne peut que suivre l’économie et vice-versa. 

Ma dernière visite au Maroc, m’a rendu espoir en cette jeunesse qui commence à parler politique dans les cafés, et qui a jeté son premier coup d’œil sur notre vieille constitution. Cette visite m’a permis d’élucider les organisateurs du mouvement du 20 février qui ne sont sûrement pas des pro-polisario ni des espions espagnols, algériens ou iraniens. La plupart des revendications prônées par le mouvement sont légitimes, ils ont été d’ailleurs appuyés par une tranche considérable du peuple mais il y a certains points qui nécessitent une révision pour qu’elles soient ajustables avec le paysage social et culturel du pays et ne pas dévier l’effort du mouvement vers la laïcisation, la division ou l’agenda de « Annahj Addimou9rati » - la gauche radicale - qui essaye de parrainer le mouvement et le piloter à distance. Tous les marocains sont donc concernés et invités à participer à la reformulation, la révision, l’analyse des revendications et les ajuster à l’attente de tous les marocains quelques soient leurs appartenances pour ne pas avorter le processus du changement qui a commencé avec ce mouvement courageux et un discours royal ambigu mais en partie prometteur.
on est appelé à faire preuve de beaucoup de lucidité pour ne pas désigner des beaux parleurs, obsédés de pouvoir et dénués de valeurs pour parler en notre nom et en même temps faire preuve de beaucoup de clarté et de respect pour adresser les messages au roi. 

Concernant le mouvement du 20 février, qui a eu l’audace de saisir « le moment historique » par lequel passe toute une panoplie de pays arabe. Je trouve qu’il a bâtit un pont de communication entre le peuple et le roi, par où il véhicule des revendications qui ne sont malheureusement pas toutes saines et qui ont besoin d’une grande révision et reformulation de la part de ces millions de marocains qui ne savent que critiquer, juger et insulter ces braves jeunes. Comme j’ai dit, le mouvement est à mon avis instrumentalisé par les leaders de « Annahj Addimou9rati » et de sa jeunesse parce que ceux qui détiennent des propos pondérés, réfléchis et précis manquent de courage de dire les choses en face.

J’invite tout le monde à lire la charte et les revendications du mouvement sur sa page officielle sur facebook pour remarquer que quelques passages laïcisent la définition constitutionnelle du royaume qui a comme religion l’islam - dans les papiers - en un pays laïc autorisant les libertés individuelles et que la plupart des propositions du mouvement proviennent de « Annahj Addimou9rati :
http://www.annahjaddimocrati.org/pages/documents/de_la_constitution.htm » fondé en 1995 par les anciens du mouvement marxiste-léniniste communiste marocain « Ila al Amam », il se définissent d’ailleurs comme la continuité de ce mouvement. La ressemblance est étonnante, parfois on reprend les mêmes phrases à la lettre. Ceci ne doit en aucun cas être utilisé contre le mouvement mais contre nous pour avoir laisser les autres le manipuler. 

En conclusion, il ne nous reste qu’à sortir de notre bulle paralytique et participer activement à deux actions qui sont ouvertes à tous actuellement : 

- L’ajustement des revendications du mouvement qui parle au nom du peuple marocain à la culture et la religion du pays, pour que les efforts des dizaines de milliers de jeunes membres actifs ne servent pas le planning de « Annahj » qui a profité de l’absentéisme des autres et cela par la discussion au sein de ce mouvement des choses concrètes, claires, nettes et précises à réclamer. Le 20 mars en est une véritable occasion. 

- Profiter de la proposition royale par un apport de modifications sur la nouvelle constitution via le site « www.reforme.ma » pour qu’elle soit écrite par nous et non pour nous.

Tag(s) : #L'école du voyage

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